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Immeuble dénommé Bains Lillois

Immeuble dénommé Bains Lillois

219 boulevard de la Liberté, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice, naguère connu sous l'appellation de Bains Lillois, présente aujourd'hui l'intérêt paradoxal d'une façade subsistante pour un corps architectural disparu. Érigé à partir de 1890 sous la direction d'Albert Baert, cet établissement s'inscrivait avec conviction dans le grand mouvement hygiéniste de son époque, une préoccupation majeure qui vit l'émergence de nombreux équipements publics dédiés à la salubrité. Il offrait alors une des premières piscines chauffées de France, signe d'une modernité audacieuse pour l'amélioration du bien-être collectif. Le programme était d'une richesse notable, allant bien au-delà de la simple baignade. L'établissement comprenait deux cent soixante-dix cabines individuelles, des salles de douches variées, un espace de sudation et un bain de vapeur, le tout articulé autour de trois bassins distincts : un petit bain dévolu à l'apprentissage, un bain moyen pour la détente et un grand bain pour les nageurs plus accomplis. L'astuce constructive, un muret submersible séparant ces deux derniers bassins, permettait une circulation d'eau continue, témoignant d'une ingénierie hydraulique pragmatique et efficace. L'histoire du lieu est également marquée par la figure de Léon Verdonck, son directeur, pionnier de la natation sportive en France et introducteur du water-polo dans l'hexagone. Il fonda notamment les Pupilles de Neptune de Lille, un club dont l'ancienneté est remarquable. Les Bains Lillois furent un foyer d'innovation sportive et un lieu de sociabilité intense, demeurant très fréquentés jusque dans les années 1980. Le destin de l'édifice, cependant, est une illustration fréquente des contraintes modernes. Fermé en 1991 pour non-conformité aux normes de sécurité, il ne rouvrit jamais ses portes. En 1998, la majeure partie fut démantelée, laissant place à des ensembles de bureaux et de logements, une transformation urbaine classique. Seule la façade néoclassique, d'une inspiration Belle Époque, a été préservée et restaurée en 2009. C'est elle qui, à travers un portique orné de quatre colonnes, certaines en marbre rose – un détail d'élégance matérielle pour un bâtiment public –, et un entablement coiffé d'un balcon à balustrade, persiste comme unique témoin. Ce façadisme posthume, si courant dans nos villes, préserve certes une image urbaine, mais décontextualise l'expérience spatiale et fonctionnelle originelle. Le décor de cette façade, bien que restauré, évoque un certain faste de la fin du XIXe siècle, une époque où le goût pour le classique était encore vivace, mais agrémenté de touches décoratives plus libres. Les vitraux, refaits par Alfred Labille en 1924, devaient ajouter à cette atmosphère lumineuse, aujourd'hui malheureusement perdue dans la profondeur du bâtiment originel. L'accès rue est désormais clos par des baies vitrées, transformant le portique d'accueil en une sorte de loggia muséale. Ce qui fut un lieu de vie intense, de sport et d'hygiène sociale, est devenu une membrane historique, un écrin sans son joyau fonctionnel. C'est une page d'histoire urbaine et architecturale qui se tourne, avec les compromis que cela implique.