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Bastide de Montgolfier-la-Tour-du-Pin

Bastide de Montgolfier-la-Tour-du-Pin

Traverse Cade, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

La bastide de Montgolfier-la-Tour-du-Pin, nichée aux confins du Merlan et de Sainte-Marthe à Marseille, illustre cette aspiration bourgeoise du XIXe siècle à concilier prestige urbain et retraite agreste. Ce domaine, édifié au milieu du XIXe siècle, déploie les attributs d'une propriété de campagne provençale : un corps de logis principal d'une sobre élégance, complété par un corps de ferme et une grange, éléments essentiels à une vie autarcique ou à une exploitation agricole organisée. Loin de l'ostentation des châteaux, l'architecture de la bastide se distingue par des façades aux lignes équilibrées, conjuguant enduits clairs et ouvertures régulières, le tout surmonté de toitures à faible pente en tuiles canal, parfaitement adaptées au climat méditerranéen. L'ensemble est pensé pour une intégration harmonieuse au paysage. Le parc paysager, loin de la rigidité des jardins à la française, invite à la flânerie, offrant des perspectives et des ombrages précieux. Les deux moulins à vent, vestiges pittoresques d'une activité passée ou éléments d'une économie autonome, flanquent le domaine, tandis qu'un belvédère invite à une contemplation posée du territoire environnant, signe d'une culture de l'otium et d'un certain rapport au paysage. Le nom même de Montgolfier, indissociablement lié aux pionniers de l'aérostatique, confère à cette bastide une résonance singulière. Il n'est pas anodin de voir une famille dont l'ingéniosité a marqué l'ère industrielle et scientifique, investir dans une propriété qui célèbre une forme de sagesse terrienne. Cela suggère un ancrage patrimonial d'une famille d'industriels cherchant à enraciner sa fortune dans la terre, selon une tradition bien établie de la bourgeoisie française. La désignation Tour-du-Pin pourrait d'ailleurs indiquer une branche ou une alliance spécifique au sein de cette lignée illustre, cherchant à maintenir une présence locale et à affirmer un statut. Aujourd'hui, cette bastide, jadis domaine privé, a été partiellement inscrite aux Monuments Historiques en 1993, reconnaissant ainsi la valeur de ses façades, toitures, parc et structures annexes. Sa conversion en ferme pédagogique par la Ville de Marseille marque une nouvelle étape, transformant ce témoin d'un passé bourgeois et agraire en un lieu de transmission et d'apprentissage. Une évolution pragmatique pour un patrimoine qui, sans cela, aurait pu sombrer dans l'oubli ou la dénaturation, offrant désormais une lecture concrète de l'histoire locale, loin des fastes des grands châteaux, mais avec la dignité d'une propriété enracinée dans son terroir.