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Grande synagogue

Grande synagogue

117-119 rue Breteuil, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'érection de la Grande Synagogue de Marseille au milieu du XIXe siècle, une période d'effervescence urbaine et de consolidation des communautés, marque une volonté affirmée de présence et d'intégration. C'est un bâtiment qui, par son style et son implantation, raconte autant l'histoire d'une foi que celle d'une époque. La première pierre fut posée en 1863, aboutissant à une inauguration dès l'année suivante, un rythme de construction des plus efficaces pour un édifice de cette envergure. Cet immeuble, inscrit aux monuments historiques en 2007, ne se contente pas d'occuper une adresse au 117 rue Breteuil ; il s'y insère avec une certaine justesse sur cette artère montante, flanqué de ses bâtiments annexes qui abritent aujourd'hui les services consistoriaux. L'architecte Nathan Salomon a orchestré un style que l'on qualifie, avec une certaine commodité, de romano-byzantin. Il s'agit là d'une synthèse éclectique, caractéristique de cette époque où les architectes puisaient dans divers répertoires historiques pour conférer une dignité monumentale et une identité distincte aux édifices de culte non-chrétiens. L'intention n'était pas tant la pureté stylistique qu'une affirmation architecturale forte dans le paysage urbain. L'entrée s'effectue par des portes massives, taillées dans une façade qui dialogue avec l'espace de la cour basse, où est désormais érigé le mur des Noms, un lieu de mémoire sombre mais essentiel. À l'intérieur, la vaste nef accueille 1200 places, réparties entre un rez-de-chaussée conséquent et un étage supérieur, autrefois dédié à l'enseignement religieux. Le sol marbré, avec ses motifs discrets, guide le regard et le pas vers l'Arche sainte, écrin d'une vingtaine de rouleaux de Torah. Au centre, l'estrade, ou bimah, en bois, fut offerte en 1889 par le président du Consistoire central, Naquet, un geste qui, en célébrant le centenaire de la Révolution française, soulignait l'ancrage républicain de la communauté. L'acoustique de cette salle, remarquable par sa hauteur, est saluée. On y observe également une chaire en bois, un élément qui, bien que jamais utilisé pour les offices, révèle une influence chrétienne et les résonances culturelles de l'époque, une intégration visuelle qui ne modifiait pas la substance des rituels. Les vitraux, s'ils ont dû être remplacés après les épreuves de la Seconde Guerre mondiale, continuent de baigner l'espace d'une lumière chatoyante. L'orgue, datant de 1900 et toujours fonctionnel, ajoute à la solennité des lieux, notamment lors des célébrations nuptiales, vingt mariages s'y déroulant annuellement. Cette résilience architecturale fut mise à l'épreuve durant le second conflit mondial ; si les arrestations s'y sont produites et que les bombes tombèrent non loin, l'édifice lui-même demeura étonnamment intact. Aujourd'hui, la synagogue, renommée Breteuil - Beth Yossef en hommage au Grand Rabbin Joseph Haïm Sitruk, continue d'être le cœur battant de la vie religieuse et communautaire marseillaise, un lieu qui, au-delà de sa fonction cultuelle, s'affirme comme un jalon patrimonial majeur de la cité phocéenne.