Voir sur la carte interactive
Porte Saint-Denis

Porte Saint-Denis

rue du Faubourg-Saint-Denis boulevard de Bonne-Nouvelle boulevard Saint-Denis, Paris 10e

L'Envolée de l'Architecte

L'on pourrait s'étonner que la Porte Saint-Denis, érigée en 1673 par l'architecte François Blondel, ne soit pas la première de son nom, mais plutôt la quatrième incarnation sur un axe historique immémorial. Cet édifice n'est plus une barrière défensive ni un point de péage, mais un manifeste pétrifié, le plus représentatif de cet art officiel du Grand Siècle, une symphonie de pierre ordonnancée à la gloire de Louis XIV. Sa conception rompt avec les utilités des précédentes portes, telles la « bastide Saint-Denis » du XIVe siècle avec son pont-levis, pour s'affirmer en monument purement symbolique.Commandée après les victoires du Rhin et de Maastricht, cette porte n'est pas un simple embellissement urbain, mais une déclamation architecturale. François Blondel, figure éminente du classicisme français, premier directeur de l'Académie Royale d'Architecture et auteur du célèbre Cours d'architecture, a puisé son inspiration directement dans l'Arc de Titus à Rome. Cette filiation revendiquée n'est pas anodine ; elle inscrit la monarchie française dans la lignée directe des empires antiques. L'œuvre, d'une monumentalité calculée, présente un grand arc central, dont l'ouverture de huit mètres est flanquée de deux plus modestes baies latérales, pratiquées avec une certaine économie de moyen au sein même des piédestaux. Auguste Choisy en décelait la composition selon une rigoureuse division par deux et par trois d'un carré, témoignage d'une maîtrise géométrique toute classique.L'appareil sculptural, œuvre de Michel Anguier pour les bas-reliefs et inspiré de Charles Le Brun pour les figures assises, est une rhétorique visuelle sans ambiguïté. Côté sud, face à la ville, se dressent des obélisques hérissés de trophées d'armes, aux pieds desquels les Provinces-Unies sont figurées par des allégories féminines assises, la Hollande consternée et le Rhin vaincu. Le passage du Rhin est magnifié par un bas-relief imposant, accompagné d'une inscription latine qui célèbre la rapidité des conquêtes : « parce qu'en à peine soixante jours il a franchi le Rhin, le Waal, la Meuse et l’IJssel ; conquis trois provinces ; pris quarante places fortes ». Au nord, la prise de Maastricht en treize jours est également immortalisée. La frise proclame sobrement mais fermement « Ludovico Magno » – À Louis le Grand.Il est piquant de constater que si cette ostentation architecturale célébrait le monarque absolu, sa réalisation fut ironiquement financée « aux frais de la ville », déchargeant ainsi les coffres royaux d'une partie de cet effort de propagande. Témoin muet de l'histoire, la Porte Saint-Denis a vu ses murs adjacents détruits, la laissant isolée au carrefour des Grands Boulevards, mais a également été le théâtre d'affrontements lors des Trois Glorieuses. Classée dès 1862 et restaurée en 1988, elle demeure un exemple prégnant de la manière dont l'architecture, sous Louis XIV, fut instrumentalisée pour magnifier le pouvoir royal, un archétype d'une grandeur pensée et exécutée avec une précision qui confine parfois à la froideur didactique.