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Église Sainte-Odile

Église Sainte-Odile

2, 2A avenue Stéphane-Mallarmé, Paris 17e

L'Envolée de l'Architecte

L'église Sainte-Odile, sise avenue Stéphane-Mallarmé, s'inscrit dans la vaste entreprise des Chantiers du Cardinal, bien qu'elle y tienne une place quelque peu singulière. Son financement, entièrement puisé auprès de paroissiens éclairés, dont le dévoué Edmond Loutil, lui valut le qualificatif, un tantinet ironique, d'œuvre « in partibus ». Cet édifice, élevé sur les terrains des anciennes fortifications de Thiers — une zone vouée aux habitations à bon marché, signe d'une certaine mutation urbaine —, est une proposition architecturale pour le moins audacieuse pour son temps. L'architecte Jacques Barge opta, non sans panache, pour une interprétation byzantine, s'éloignant des conventions alors en vogue. La structure en béton armé, un choix pragmatique et moderne, est habilement dissimulée sous un revêtement de briques de grès rose de Saverne, clin d'œil appuyé aux origines alsaciennes de Sainte Odile, patronne de l'église, et un matériau évoquant la Cathédrale de Strasbourg. L'ensemble est coiffé de trois coupoles surbaissées, dont la symbolique trinitaire n'échappe à personne, et dominé par un clocher décagonal de 72 mètres, le plus élevé de la capitale, un chiffre qui, paraît-il, n'a pas été choisi au hasard, renvoyant aux disciples du Christ. Le coq en cuivre repoussé de Robert Barriot qui le couronne ajoute une note de fierté locale. Le portail, œuvre d'Anne-Marie Roux-Colas, déploie une iconographie foisonnante où Sainte Odile est introduite au Ciel, une scène d'une piété classique qui contraste avec la modernité structurelle. Les grilles du porche, ornées des cabochons de verre d'Auguste Labouret figurant les litanies mariales, préludent à l'intérieur. Le narthex, espace de transition, expose un bas-relief de Saint Christophe par Robert Barriot, marquant l'entrée dans la nef. À l'intérieur, la lumière est orchestrée par les trois monumentales verrières de François Décorchemont, totalisant près de 300 mètres carrés. Le maître verrier y déroule des scènes hagiographiques et théologiques, où l'on aperçoit même, détail amusant pour l'observateur, les effigies du Cardinal Verdier et d'Edmond Loutil, les instigateurs de l'œuvre. Le retable émaillé de Robert Barriot, soutenu par douze colonnes symbolisant les apôtres, se révèle d'une richesse iconographique admirable, évoquant l'Apocalypse de Jean avec ses vieillards et les Sept Églises. L'autel principal d'Auguste Labouret, en verre éclaté et émaux, propose deux paons, symboles d'immortalité, tandis que Charles Mellerio signa le Christ en croix. Les fonts baptismaux, plus tardifs (1985), de Gérard Ambroselli, avec le cerf s'abreuvant, témoignent d'une continuité dans l'expression artistique. Une anecdote notable, presque pittoresque, concerne les vingt-trois cloches du carillon Paccard, fondues juste avant le conflit de 1939. Elles furent, durant l'occupation, prudemment enterrées près de Chartres, évitant ainsi la fonte pour l'effort de guerre allemand – un sort que de nombreux instruments sonnants n'eurent pas la chance de connaître. Ce carillon, le seul à poing manuel de Paris, distille encore ses mélodies lors des offices, résonnant comme un écho d'une époque troublée. L'orgue de 1950, modeste mais fonctionnel, achève la parure sonore. L'église, inscrite aux monuments historiques depuis 2001, continue d'accueillir des liturgies variées, y compris la messe tridentine, témoignant d'une vie spirituelle qui s'adapte, sans cesser d'être fidèle à son histoire et à ses choix esthétiques initiaux.