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Opéra

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Place du Théâtre, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'Opéra de Lille, œuvre de Louis Marie Cordonnier, se dresse comme un monument emblématique de l'architecture Beaux-Arts de la Belle Époque. Son inauguration officielle en 1923, une décennie après l'achèvement des travaux principaux, est un témoignage éloquent de la résilience d'une institution culturelle face aux tumultes de l'histoire, notamment l'occupation allemande qui en marqua la genèse. Avant que Cordonnier ne dépose ses plans inspirés de Victor Louis et de Charles Garnier, la ville avait déjà vu plusieurs édifices lyriques. Un théâtre du XVIIIe siècle, conçu par Michel Lequeux en 1785, offrait une façade classique à six colonnes. Mais un incendie en 1903 réduisit cette structure en cendres, ouvrant la voie à la reconstruction moderne. Le site choisi par Cordonnier, légèrement en retrait, permit d'agrandir la place du Théâtre. La difficulté du terrain, un bras asséché de la Deûle, exigea la prouesse technique de 1050 pieux en béton, ancrés sur près de cinq mètres, pour asseoir solidement l'édifice. Le corps même du bâtiment, fait de béton armé selon le procédé Hennebique, est habillé d'une lumineuse pierre calcaire de Soignies et de Savonnières. La façade, d'une grande richesse ornementale, présente trois travées distinctes, avec au premier étage de larges baies cintrées éclairant le grand foyer. L'attique est couronné par l'ample groupe sculpté d'Hippolyte Lefèbvre, La Glorification des Arts, où Apollon est entouré de ses muses. Les reliefs latéraux d'Alphonse-Amédée Cordonnier et Hector Lemaire complètent ce programme iconographique par les allégories de la Musique et de la Tragédie. Ce n'est qu'en 1914, alors que le gros œuvre était achevé, que l'histoire intervint brutalement. Les forces d'occupation allemandes réquisitionnèrent le bâtiment, le parachevèrent à leur manière, allant jusqu'à inscrire Théâtre allemand sur son fronton. Une anecdote révélatrice de cette période est le changement de couleur des sièges : initialement envisagés en bleu par Cordonnier pour s'accorder avec la dominante chromatique de son projet, ils furent installés en rouge par les occupants, couleur qu'ils conservent encore aujourd'hui. Durant quatre années, l'Opéra fut le théâtre de productions germaniques, avant que le départ des troupes n'entraîne la destruction des décors et machineries de scène, laissant un chantier à restaurer pour sa première française de 1923. À l'intérieur, le vestibule mène à l'escalier d'honneur, orné des statues L'Idylle et La Poésie, créations respectives de Jules Déchin et Charles Caby. Le grand foyer, baigné de lumière naturelle par ses cinq baies vitrées, s'étend sur toute la longueur de la façade. Son plafond peint par Georges Picard et ses groupes sculptés par Georges Armand Vérez, Edgar Boutry et Gustave Crauk offrent un espace de déambulation d'une grande solennité. La salle à l'italienne, avec ses 1138 places réparties entre le parterre et quatre galeries, est un écrin de rouge et d'or. Des cariatides représentant les saisons encadrent les loges d'avant-scène, et l'allégorie de la Glorification des Arts, surmontée de sa devise latine Ad alta per artes, coiffe la scène. La fosse d'orchestre, agrandie en 1973, témoigne des adaptations nécessaires au fil du temps. Après une période de déclin à la fin des années 1970 et une tentative de regroupement sous l'égide de l'Opéra du Nord qui se solda par un échec financier et politique, l'Opéra de Lille connut une fermeture temporaire. Les années 1990 virent une renaissance éphémère, marquée par la venue de grands noms du chant lyrique. Cependant, la nécessité d'une mise aux normes de sécurité en 1998 força une nouvelle fermeture. La réouverture de fin 2003, anticipant Lille 2004, a marqué un renouveau profond et durable. Sous l'impulsion de Caroline Sonrier, l'institution a adopté une philosophie d'ouverture, élargissant son répertoire, ses esthétiques et ses publics, s'inscrivant ainsi comme un Théâtre lyrique d’intérêt national et un acteur majeur de la vie culturelle régionale et européenne.