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Hôtel Saint-Marc

Hôtel Saint-Marc

91 cours d'Albret, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Saint-Marc, au 91 cours d'Albret, n'est pas de ces édifices qui s'imposent par un gigantisme ostentatoire, mais plutôt par une singularité discrète, presque étonnante pour le panorama architectural bordelais. Sa construction, entre 1782 et 1784, pour un Monsieur Dufour, résident parisien, suggère déjà une certaine déconnexion avec les commanditaires habituels de la ville. Il n'est pas surprenant que l'attribution de sa conception oscille vers Louis Combes, dont le séjour parisien à cette époque aurait pu sceller une rencontre et, pourquoi pas, une commande échappant aux réseaux locaux plus établis. L'hôtel se révèle d'une composition entre cour et jardin, un parti architectural classique, dont l'accès est marqué par un portail monumental, qualifié à juste titre de sévère et délicat. Cette antinomie n'est pas sans intérêt, traduisant peut-être l'équilibre subtil entre la majesté des formes classiques et une certaine retenue propre à l'art de vivre d'alors. L'édifice, singulier par son unique niveau, offre à la cour une façade animée par un porche audacieux. Cette rotonde coiffée d'un dôme, une sorte de tholos à demi engagée, rompt avec la linéarité attendue, apportant une note de pittoresque et une profondeur inattendue. Ce choix formel, rare à Bordeaux, dénote une influence néo-classique peut-être plus directement importée de la capitale, où de telles audaces ornementales étaient plus courantes. Le marquis de Saint-Marc, collectionneur avisé de son état et futur propriétaire en 1787, ne s'y était d'ailleurs pas trompé, y voyant le cadre idoine pour sa galerie. On imagine aisément les Boucher, Fragonard et Vernet illuminant ces salons, dont les boiseries sculptées par Cabirol subsistent encore, témoins silencieux d'une époque révolue. Les réaménagements conduits par les collaborateurs de Victor Louis, l'architecte du Grand Théâtre, ne firent que parfaire cet écrin, y ajoutant sans doute une touche de cette élégance et de cette proportion qui caractérisent si bien l'œuvre de leur maître. L'histoire ultérieure de l'Hôtel de Saint-Marc est celle, somme toute classique, d'une succession de propriétaires et de fonctions. Après la famille Saint-Marc, il échoit en 1861 aux Hospices civils, devenant une annexe silencieuse du CHU, abritant médecine du travail et centres sportifs, loin des fastes des collections du marquis. L'annonce récente de sa restauration et de sa transformation en espace de réception pour colloques médicaux, ou plus récemment encore l'appel à manifestation d'intérêt pour une réhabilitation tournée vers les événements professionnels et culturels, marque une nouvelle étape. L'édifice, classé monument historique depuis 1921, semble ainsi naviguer entre son prestigieux passé de résidence privée, sa période utilitaire et une future vocation de lieu de représentation. On y voit un destin partagé par de nombreux hôtels particuliers : celui de voir leur intimité originelle transfigurée, non sans une certaine ironie, en vitrine institutionnelle ou événementielle, le jardin aux magnolias offrant désormais un décor estival au personnel hospitalier plutôt qu'aux convives du marquis. C'est le prix, sans doute, de la survie architecturale.