7 impasse des Bœufs 11 passage du Clos-Bruneau 34 rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, Paris 5e
Le Collège des Trente-Trois, un édifice que l'on découvre au fil de la sinueuse rue de la Montagne Sainte-Geneviève et de l'anonyme impasse des Bœufs, est moins une entité homogène qu'une sédimentation historique, un palimpseste architectural où se superposent les intentions et les époques. Sa genèse en 1633, sous l'impulsion du Père Claude Bernard, pour l'accueil de cinq écoliers indigents, chiffre d'une piété évidente, avant d'enfler à douze, puis à trente-trois, en écho aux âges du Christ, révèle d'emblée la primauté du symbolisme sur toute considération d'échelle pragmatique. L'établissement, après une itinérance initiale peu propice à l'affirmation d'une identité bâtie, trouva finalement ancrage en 1654 dans l'ancien hôtel d'Albiac. Ce n'est qu'un siècle plus tard, entre 1737 et 1748, grâce à la munificence, tardivement sollicitée, de Louis d'Orléans, qu'une véritable reconstruction fut entreprise. Elle offre un cas d'étude intéressant sur la division des tâches et, peut-être, des sensibilités. La façade sur rue, celle qui se confronte directement à l'urbanité parisienne et dont la vocation fut, dès l'origine, spéculative – des logements à louer –, est l'œuvre de Germain-Éloi Legrand. Son portail à refends, surmonté d'un fronton arrondi, constitue un geste d'accueil, un indice de dignité modérée, sans véritable ambition monumentale mais suffisant pour affirmer une certaine présence classique. Le refend, motif de la pierre taillée en léger relief, procure ici une texture et une hiérarchie discrète, une vêture sobrement articulée, loin des exubérances d'un certain baroque contemporain. En revanche, le corps de bâtiment des élèves, relégué dans l'impasse des Bœufs, est attribué à Legrand de Charon – sans que l'on puisse affirmer avec certitude un lien de parenté ou de simple homonymie avec son confrère. Son parti pris est d'une austérité quasi-janséniste : un style classique réduit à son expression la plus fonctionnelle, dépouillé de toute ornementation superflue. Ce dénuement architectural n'est pas sans éloquence, témoignant d'une époque où l'édifice d'éducation religieuse se devait d'incarner la vertu de la modération, sinon du dénuement. Seul l'escalier d'origine, dont la persistance est signalée, pourrait offrir un modeste contrepoint à cette rigueur, par la qualité de sa facture ou le jeu de ses volées. L'évolution du lieu, de collège charitable à séminaire payant en 1738, puis sa nationalisation en 1791, illustre les aléas des institutions sous l'Ancien Régime et les ruptures de la Révolution. Les deux pavillons néo-classiques, ajoutés dans la cour sous le Directoire par l'acquéreur privé, rompent cette cohérence, introduisant un idiome stylistique plus tardif, teinté d'un goût pour l'Antiquité redécouverte, mais qui dénote une appropriation plus opportuniste qu'harmonique. Ils constituent une strate supplémentaire, un ajout postérieur qui ne cherche pas tant à s'intégrer qu'à s'affirmer. Enfin, l'histoire contemporaine du lieu, abritant depuis 1953 le dojo de la Montagne Sainte-Geneviève, sous l'impulsion d'Henry Plée, est une ironie délicieuse. Un espace initialement dévolu à l'étude des lettres et de la théologie chrétienne se voit réaffecté à la discipline corporelle et spirituelle des arts martiaux orientaux. Cette réhabilitation, couronnée d'une restauration en 1973, confère à ce bâtiment, dont l'architecture n'aura jamais cherché la gloire éclatante, une pérennité certaine, si ce n'est une discrète utilité à travers les siècles. On y voit là un exemple patent de la résilience du bâti parisien, capable d'absorber les vagues successives d'usages sans jamais perdre son substrat urbain.