Rue Jean-Jaurès Rue de Rome Avenue de la Liberté Square Gabriel-Fauré, Maisons-Alfort
L'on aborde la Cité d'habitations à bon marché du square Dufourmantelle non sans une certaine circonspection, car elle est un témoignage éloquent des ambitions et des contraintes qui modelaient l'urbanisme social de l'entre-deux-guerres. Érigée entre 1930 et 1934 par les architectes André Dubreuil et Roger Hummel, sous l'égide de l'Office départemental des HBM, cette vaste entité de Maisons-Alfort est un exemple typique de la morphologie urbaine pensée pour loger dignement, et à moindre coût, les populations laborieuses. Son style, que l'on qualifie d'influencé par l'architecture viennoise du début du XXe siècle, mérite un examen attentif. Cette référence n'est pas anodine : elle évoque une certaine quête de robustesse formelle, d'une rationalité constructive souvent associée aux grands projets sociaux de la Vienne rouge, où la brique et la simplicité des volumes prévalaient sur l'ornementation superflue. On y discerne une architecture qui, sans jamais verser dans l'ostentation, cherche une certaine dignité dans la répétition et l'ordonnancement. La brique, matériau d'une probité intrinsèque, y est employée avec une rigueur qui confère à l'ensemble une texture dense et une pérennité visuelle. Elle exprime une volonté de solidité, une vérité constructive que le ciment, bien que contemporain, n'offrait pas toujours avec la même évidence. Les percements, réguliers et fonctionnels, définissent la dialectique du plein et du vide, soulignant une façade dont la modénature est dictée par la logique structurelle plutôt que par l'artifice décoratif. Ce sont là six cents logements, une masse critique, un véritable fragment urbain auto-suffisant qui s'inscrit dans un périmètre clairement délimité par la rue Jean-Jaurès, la rue de Rome, l'avenue de la Liberté et le square Gabriel-Fauré. Cette échelle impressionnante témoigne de la radicalité des problèmes de logement de l'époque et de la réponse collective qui leur fut apportée. L'intégration d'une œuvre telle que la sculpture Le Petit Chaperon rouge de Maurice Saulo, aux côtés de l'inscription monument historique, offre un contraste notable. Cette touche d'art figuratif, presque enfantine, au sein d'une architecture résolument fonctionnelle, est une tentative touchante de tempérer la rigueur des lignes, d'infuser un brin de fantaisie dans le quotidien ordonné. Une discrète concession poétique, sans doute, à l'imaginaire des occupants, contrastant avec la grandeur programmatique de l'ensemble. L'inscription aux Monuments Historiques en 2007, une ironie posthume peut-être, confère à cette cité une reconnaissance patrimoniale qui n'était certainement pas l'objectif premier de ses concepteurs, ni même de ses premiers habitants. Ce qui fut une réponse pragmatique aux urgences sociales est aujourd'hui relu à l'aune de son esthétique et de sa représentativité d'une époque, un témoignage du passage du logement social utilitaire à une œuvre d'architecture reconnue, une illustration de la capacité de la nécessité à engendrer des formes d'une discrète permanence.