5 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, Paris 4e
Derrière l'anonymat relatif d'une façade du XIXe siècle, l'Hôtel Raoul de la Faye, sis rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, révèle une stratification historique qui invite à une observation plus circonspecte. Édifié vers 1510 pour Raoul de la Faye, notaire du roi Louis XII et trésorier-payeur de la garde, cet hôtel particulier parisien témoigne d'une période de transition où les formes de la Renaissance italienne commençaient à infuser l'architecture française, encore empreinte de l'héritage gothique. On y discerne non pas une adhésion manifeste au faste de la première Renaissance ligérienne, mais plutôt une adaptation urbaine, discrète et fonctionnelle, aux contraintes foncières de la capitale. Le corps de logis subsistant, édifié en pierre et enduit, présente les caractéristiques d'une élégance d'époque : des fenêtres à meneaux de pierre sculptés et de hautes lucarnes à pignon qui ponctuent la toiture, assurant lumière et verticalité. Cette disposition est typique des demeures parisiennes de la première moitié du XVIe siècle, où l'esthétique nouvelle se superpose souvent à une volumétrie traditionnelle. L'hôtel s'organise autour d'une cour intérieure, espace privatif où se déploient les éléments les plus raffinés, loin du tumulte de la rue. L'édifice a connu, comme tant d'autres, les vicissitudes du temps et les modes successives. Une première galerie à pans de bois, côté jardin, offre un passage couvert propice à la déambulation, tandis qu'une seconde, datée du XVIIe siècle, mène à un pavillon dont l'accès est magnifié par un escalier à balustres, agrémenté de sphinx et de dauphins de pierre. Ces motifs, chargés d'allusions antiques et parfois royales, trahissent un goût pour l'ornementation maniériste ou baroque, marquant une évolution stylistique nette par rapport aux origines de l'hôtel. À l'intérieur, la persistance d'un plafond à la française, dont les poutres et solives apparentes sont ornées de peintures du début du XVIIe siècle, offre un aperçu précieux de l'art décoratif de l'époque. Il s'agit là d'une affirmation de l'élégance structurelle, loin des plafonds plafonnés qui domineront les siècles suivants. Le XIXe siècle apporta son lot de transformations plus radicales. En 1852, les communs qui bordaient la rue furent purement et simplement abattus pour laisser place à un immeuble locatif de six étages, altérant irrémédiablement l'ordonnancement originel. La « défiguration » ultérieure par une société d'épicerie souligne, avec une pointe d'amertume, la précarité des monuments historiques face aux impératifs commerciaux. Fort heureusement, la fin du XXe siècle marqua un tournant salvateur. La Fondation Tanaka, une institution éducative japonaise, entreprit le rachat patient de cet ensemble fragmenté et confia en 1998 à Pierre Jouve, architecte en chef des Monuments Historiques, une restauration d'envergure. Le travail, d'une méticulosité rare, s'appuya sur des documents d'archives, dont l'inventaire après décès de Raoul de la Faye de 1544, offrant une base quasi chirurgicale pour la restitution. Cette démarche rigoureuse est exemplaire et contraste avec les restitutions plus fantaisistes d'époques antérieures. Aujourd'hui, l'Hôtel Raoul de la Faye abrite le campus parisien de l'Université Rice, conférant à ce vestige une nouvelle vie, celle d'un lieu d'étude et de transmission. Il demeure, derrière sa discrétion apparente, un témoignage éloquent des évolutions architecturales et des mutations sociales de Paris, un monument qui a su résister à l'oubli et aux destructions, offrant, à l'observateur attentif, une leçon de persévérance et d'adaptabilité.