118 rue de Grenelle, Paris 7e
L'histoire du Petit hôtel de Villars, sis au 118, rue de Grenelle, n'est pas celle d'une conception unitaire et souveraine, mais plutôt une chronique de l'adaptation, voire de la métamorphose. Érigé dans le faubourg Saint-Germain, alors en pleine mutation d'un territoire agricole monastique vers une enclave aristocratique, cet édifice illustre de manière éloquente les caprices de la fortune et les compromis de l'art de bâtir. Sa singularité réside dans sa genèse même : d'abord simple annexe, conçue par Robert de Cotte en 1717 pour le maréchal de Villars afin d'étendre son 'Grand hôtel', il accède au rang d'hôtel particulier de plein droit par une sorte de sécession architecturale et foncière, une anecdote peu commune dans l'histoire des demeures parisiennes. Acquis par le maréchal en 1710, après une saisie pour dettes des précédents propriétaires, il témoigne déjà des turpitudes financières qui jalonnent la vie des grandes propriétés. Villars, figures illustres de Denain, y fit édifier un portail monumental par Germain Boffrand pour le grand hôtel, puis confia à Robert de Cotte, le Premier Architecte du Roi, l'ajout de cette aile d'apparat. Sur ses façades classiques en pierre de taille, sobrement percées et surmontées de frontons, subsistent les devises latines de Villars – « Victricis Virtutis gloria merces » et « Utor et abutor » – gravées en l'honneur de sa victoire de Denain. Ces maximes, si elles célèbrent la gloire militaire, pourraient aussi résonner comme une épigramme sur le destin de l'hôtel lui-même : l'usage intensif, la possession éphémère. Lorsque, en 1849, les deux hôtels furent mis en vente séparément, l'ancien prolongement dut se réinventer. La marquise de Portes, sa nouvelle propriétaire, chargea Nicolas Bartaumieux d'une restauration et d'un réaménagement. C'est à cette période que l'ancien Cabinet doré, une pièce de faible profondeur, fut ingénieusement – ou pragmatiquement – agrandi pour devenir le Grand Salon, remédiant à l'absence d'une salle de réception digne de ce nom. Cette astuce, si elle résolvait une contrainte fonctionnelle, laissa aussi des traces d'une garde-robe condamnée, curieux palimpseste architectural rappelant son statut originel de dépendance. L'aile Sud, quant à elle, fut remaniée sous le Second Empire, dotée de façades moulurées, de balustrades et de mascarons figurant Hercule et des nymphes, offrant à l'hôtel une 'imposante porte' sur la rue, signe ostentatoire de son émancipation. Le XIXe siècle apporta une nouvelle couche de prestige mondain avec l'acquisition par le banquier Meyer Cahen d'Anvers en 1858. L'hôtel quitte alors l'ancienne aristocratie pour la haute bourgeoisie, devenant un salon littéraire et musical où se croisaient Goncourt, Rostand, et même Guy de Maupassant, qui y noua une relation étroite, inspirant son roman « Notre cœur ». L'architecte Hippolyte Destailleur y opéra des révisions entre 1880 et 1890, garantissant une certaine pérennité stylistique, malgré les évolutions fonctionnelles. Après un intermède philanthropique suédois et des transactions boursières, l'hôtel fut, après la Seconde Guerre mondiale, le siège des Anciens de la 2e division blindée, recevant le maréchal Leclerc, avant de devenir un collège pour jeunes filles en 1952. Anecdotiquement, une de ses élèves, l'actrice Anémone, aurait détesté le système scolaire qui y était prodigué, témoignant d'une réception contrastée de ce cadre pourtant illustre. Le Petit hôtel de Villars, aujourd'hui occupé par le collège Paul Claudel-d'Hulst, est ainsi bien plus qu'une simple demeure historique. Il est un dossier d'architecture vivante, un exemple des stratifications historiques et des adaptations forcées, où l'élégance classique de Robert de Cotte côtoie les aménagements utilitaires du XIXe siècle, le tout enveloppé dans une aura d'anecdotes et de transformations, le plaçant comme un spécimen remarquable d'une architecture qui sut, par nécessité, composer avec son héritage.