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Église Saint-Jean-Baptiste de Belleville

Église Saint-Jean-Baptiste de Belleville

139 rue de Belleville, Paris 19e

L'Envolée de l'Architecte

L’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville, érigée entre 1854 et 1859, représente un spécimen précoce et significatif de l'architecture néogothique parisienne, bien que son élégance, à l'instar de ses contemporaines, se drape parfois d'une certaine rigueur archéologique. Son concepteur, Jean-Baptiste Lassus, figure éminente du renouveau gothique et mentor de Viollet-le-Duc, y a manifestement investi l'aboutissement de ses recherches théoriques et pratiques. Loin de la fantaisie romantique, Lassus défendait un gothique rationnel, articulant la structure comme une démonstration logique plutôt qu'un caprice. Cette église, son dernier chantier, se veut l'expression la plus complète de sa vision, où la « poésie religieuse » devait naître de la lumière, de la multiplicité des perspectives et d'une ingénieuse légèreté structurelle. Un souhait magnifiquement souligné par Viollet-le-Duc lui-même, qui y voyait « beaucoup d’érudition, de goût et même un certain caractère original ». L'édifice déploie une nef de cinq travées flanquée de collatéraux et de chapelles latérales, un transept équilibré et un chœur avec déambulatoire, le tout couronné par deux clochers surmontés de flèches atteignant 57 mètres, assurant ainsi une élévation notable dans le paysage de Belleville. La façade, dédiée au saint patron, Jean le Baptiste, présente un programme iconographique sculpté par Aimé-Napoléon Perrey d'une remarquable exhaustivité narrative, depuis l'Annonciation à Zacharie jusqu'à la décapitation du Précurseur, le tout culminant avec le Christ en gloire. Les tympans du transept, quant à eux, ne dérogent pas à cette richesse thématique, mêlant scènes de résurrection et hommages ecclésiastiques. L'intérieur révèle une véritable catéchèse visuelle à travers ses verrières. Celles de la nef illustrent des récits de l'Ancien Testament avec une fidélité d'interprétation caractéristique de l'approche archéologique néogothique. Le sanctuaire est orné de vitraux narrant la Passion et la Résurrection, tandis que la chapelle de la Vierge met en exergue l'Immaculée Conception, un dogme proclamé en 1854, l'année même où fut posée la première pierre. Une actualité théologique que l'architecte n'a pas manqué d'intégrer dans son programme iconographique. Le mobilier, conçu par Lassus, contribue à cette unité stylistique, des autels aux confessionnaux. Il est intéressant de noter les ajouts ultérieurs, tels que l'autel et le tabernacle ornés des vitraux en *dalle de verre* d'Henri Guérin, une technique distinctive qui confère aux scènes de l'Agneau pascal et du buisson ardent une profondeur et une matière singulières. Les fresques des transepts par Théodore Maillot et Auguste Leloir, bien que plus conventionnelles, complètent cette immersion scripturaire. L'orgue Cavaillé-Coll, dont les tuyaux ne manquent pas de résonner des fastes du Second Empire, ajoute une dimension sonore à l'ensemble. Au-delà de son architecture, l'édifice s'inscrit dans la mémoire collective du quartier. Ce fut, un temps, le terminus du funiculaire de Belleville, curiosité urbaine disparue. Plus tard, ses marches virent déambuler Jef Costello, le personnage taiseux d'Alain Delon, dans *Le Samouraï* de Jean-Pierre Melville, inscrivant l'église dans une mythologie cinématographique discrète. Et dans un registre plus pieux, on y baptisa une certaine Édith Piaf. Une histoire urbaine et artistique, discrètement ancrée dans la pierre néogothique d'une des premières paroisses autonomes de ce qui n'était pas encore Paris.