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Maison de la Radio et de la Télévision

Maison de la Radio et de la Télévision

Place de Bordeaux, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'édification, entre mille neuf cent cinquante-six et mille neuf cent soixante-et-un, de la Maison de la Radio et de la Télévision à Strasbourg, sous l'égide de Paul Tournon et de ses confrères A. Devilliers et P. Verdier, déplace alors les ondes et les voix de l'avenue de la Marseillaise vers la place de Bordeaux. Ce bâtiment, érigé pour abriter les productions radiophoniques et télévisuelles régionales, est une expression caractéristique de l'architecture institutionnelle d'après-guerre. Son élément le plus saisissant, et sans doute le plus public, demeure l'auditorium. Ce volume majeur s'impose comme la façade principale, défiant la gravité par un élégant porte-à-faux au-dessus d'un rez-de-chaussée discret. Le plan légèrement concave du promenoir supérieur introduit une douce courbure dans l'orthogonalité urbaine, offrant une dynamique visuelle qui rompt avec la rigueur souvent associée au modernisme fonctionnel. C'est sur ce promenoir que se déploie l'œuvre monumentale de Jean Lurçat, La Création du Monde. Cette composition de vingt-quatre mètres de long sur six mètres de haut, réalisée en carreaux de terre cuite émaillée, ancre l'édifice dans une tradition d'intégration des arts à l'architecture, pratique alors encouragée pour les bâtiments publics. Lurçat, figure majeure de la tapisserie moderne et élu à l'Académie des Beaux-Arts en mille neuf cent soixante-quatre, a ici transposé son sens de la monumentalité et du symbole dans un médium différent, insérant, non sans une certaine littéralité, trois pylônes d'émissions au sein de sa cosmogonie. Ce geste lie directement l'art à la fonction du lieu, presque comme un emblème permanent. L'ensemble, distingué par son classement au titre des monuments historiques dès mille neuf cent quatre-vingt-trois, témoigne d'une reconnaissance précoce de sa valeur patrimoniale et artistique, un sort rarement accordé à une construction aussi jeune. La restauration menée par Daniel Gaymard, architecte en chef des monuments historiques, a permis de préserver cet exemple d'une époque où la radio et la télévision façonnaient activement le paysage médiatique et architectural, offrant à la ville un repère visuel qui, encore aujourd'hui, héberge les activités de France 3 Alsace. L'édifice demeure ainsi un témoin silencieux des évolutions techniques et esthétiques de la diffusion audiovisuelle.