
41 avenue des Fauvettes, Neuilly-Plaisance
L'édification d'une église sur le plateau d'Avron, voué depuis le XVIIe siècle à sainte Marie mais curieusement dépourvu d'un tel édifice jusqu'au XXe siècle, constitue en soi un témoignage de l'entêtement pieux et de la nécessité stratégique. L'histoire de Notre-Dame-de-l'Assomption, à Neuilly-Plaisance, se lit avant tout comme un acte de reconquête, ou du moins d'affirmation, dans un territoire en mutation. Au début des années 1930, alors que la fameuse « ceinture rouge » enserrait la capitale de ses communes à forte coloration communiste, l'Église, par la clairvoyance de l'abbé Ernest Laforge, entreprit de marquer son territoire, anticipant sans les intégrer formellement, les efforts futurs des Chantiers du Cardinal. Le choix du site, un terrain boisé cédé pour une somme quasi symbolique en 1928, financé par une souscription publique – un élan de solidarité populaire qui révèle les contraintes budgétaires – fut confié à Henri Cornus, un architecte local dont l'œuvre, débutée en 1932, se distingue par une sobriété structurelle opportune. L'édifice, de plan allongé et orienté au nord-est, est un parfait exemple de cette architecture religieuse d'entre-deux-guerres qui cherchait à concilier modernité des matériaux et fonction liturgique sans fioritures excessives. La brique et le béton armé, ces matériaux d'ingénieurs plus que d'artistes traditionnels, y sont employés avec une franchise qui ne laisse guère de place à l'équivoque. Si l'on ose une comparaison, l'édifice de Neuilly-Plaisance ne peut s'empêcher d'évoquer l'ombre tutélaire de Notre-Dame du Raincy, de Perret, érigée une décennie auparavant. Bien que la filiation directe soit sujette à débat, l'esprit est similaire : une esthétique de l'épure, où la structure devient ornement. Les percements, loin d'être de simples ouvertures, sont constitués de verrières réalisées par Louis Barillet, enchâssées dans des claustras de béton. Cette solution confère à l'intérieur une lumière tamisée, filtrée, où le plein et le vide dialoguent avec une certaine rigueur, bien éloignée des éclats des vitraux traditionnels. C'est une lumière construite, presque minérale, qui participe à l'ascèse du lieu. Le clocher, par ses deux clochetons flanquant une flèche quadrangulaire, maintient une certaine réminiscence formelle avec des typologies plus anciennes, adoucissant la radicalité des matériaux. À l'intérieur, la même volonté de sobriété se manifeste, bien que des touches plus figuratives viennent tempérer l'ensemble. Le Chemin de croix, les fonts baptismaux et le bénitier, œuvres de mosaïques de Léon Guillemaind, apportent des notes de couleur et de narration sans rompre l'unité. Les statues de Georges Serraz (Vierge) et de Charles Jacob (Saint Joseph, Sacré-Cœur – ce dernier inscrit à l'inventaire des monuments historiques) complètent cet ensemble artistique, témoignant d'une commande ecclésiastique soucieuse d'intégrer l'art sacré de son temps. En 1958, l'édifice fut érigé en paroisse, officialisant ainsi sa place dans le paysage spirituel local. Dehors, un chêne planté en 1880, humble témoin d'une bataille de la guerre de 1870, ancre l'église dans une histoire plus ancienne, celle de la terre et des hommes, bien avant l'avènement du béton armé.