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Église Saint-Pierre de Genainville

Église Saint-Pierre de Genainville

Genainville

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Pierre de Genainville se présente comme une architecture d'une complexité chronologique notable, défiant la linéarité habituelle des chantiers. Ce n'est pas une simple église paroissiale mais, pour le Vexin français, une particularité avec sa double nef et son chœur-halle, configuration singulière pour cette région. L'édifice révèle un assemblage stylistique où les époques semblent avoir cohabité, parfois non sans frictions, au gré des capacités et des intentions des commanditaires.Le chœur-halle, la partie la plus ancienne de l'église actuelle, offre un témoignage éloquent du gothique rayonnant, daté des années 1250-1260. Il tranche par sa qualité architecturale avec l'ensemble, marqué par ses arcatures plaquées et ses chapiteaux feuillagés, si caractéristiques des chantiers les plus prestigieux de l'époque, inspirés des réalisations royales. Cet espace unifié, avec sa colonne centrale distribuant les voûtes, est un fait rare dans le Vexin, habituellement moins propice à de telles audaces structurelles. Les boiseries du XVIIIe ou XIXe siècle et, plus tard, les fresques de l'abbé Dheilly, bien que d'une valeur artistique discutable et qualifiées de médiocre par certains, témoignent des usages et des sensibilités d'une autre époque, et furent conservées pour leur valeur historique et ethnographique.La double nef, édifiée plus tardivement, entre 1543 et 1551, conserve encore l'esprit du gothique flamboyant, bien que certaines clés de voûte annoncent déjà la Renaissance par leurs motifs. L'attribution à Robert Grappin pour la nef et à son fils Jean Grappin pour la façade, n'est pas dénuée de sens. On y perçoit l'enracinement dans une tradition gothique persistante chez le père, tandis que le fils embrasse une esthétique nouvelle. La présence de clés de voûte ornées d'une équerre et de truelles bretées est perçue comme la signature discrète d'un maître d'œuvre, soulignant l'importance de son travail dans un contexte où les Chartreux auraient largement contribué au financement.La façade occidentale, œuvre attribuée à Jean Grappin, expose une composition symétrique en apparence, mais riche de dissemblances. La superposition des ordres ionique et corinthien, bien que respectant une certaine hiérarchie classique, culmine dans un attique dont le décor ébauché suggère une réalisation peut-être contrainte par des impératifs économiques ou un changement de programme. Les pilastres cannelés, les entablements ornés de postes, d'oves et de dards, ainsi que les cercles entrelacés en bas-relief, manifestent une recherche ornementale caractéristique de la Renaissance. Il est intéressant de noter que la partie droite, plus richement parée, est souvent associée à l'usage prioral de la nef, suggérant une distinction fonctionnelle qui s'inscrit jusque dans l'épiderme du bâtiment.À l'intérieur, les chapiteaux des piliers de la double nef, certains remontant au début du XIIIe siècle et d'autres plus anciens encore, sont les reliques d'une église précédente. Ils cohabitent avec des bases flamboyantes, illustrant les remaniements successifs et la récupération des matériaux. La présence d'un homme vert ou d'un soleil sur les clés de voûte, ou encore l'énigmatique labyrinthe gravé dans une dalle de liais, unique en son genre dans le Vexin pour une église rurale, sont autant de détails qui invitent à une lecture attentive de l'édifice, au-delà de sa fonction liturgique première. Ce dernier, autrefois parcouru du doigt par les fidèles, évoque une forme de piété populaire et symbolique aujourd'hui oubliée.Enfin, le mobilier, bien que parfois lacunaire ou restauré avec des fortunes diverses, apporte son lot de curiosités. La Vierge à l'Enfant du début du XVIe siècle, dépeinte avec un visage plein et bonasse de robuste paysanne, atteste d'une sculpture d'art populaire qui touchait au plus près la sensibilité de ses fidèles. La croix de cimetière de la Renaissance, aujourd'hui rapatriée sous le clocher, révèle des similitudes avec celle d'Omerville, suggérant un atelier commun et une diffusion des formes.L'église Saint-Pierre de Genainville, classée depuis 1920, demeure un témoin précieux d'une histoire architecturale et cultuelle complexe, où les strates du temps se superposent et se répondent, offrant à l'observateur sagace un champ d'étude loin des canons de la perfection unitaire. Sa rareté typologique, l'intégration de ses phases de construction, et la richesse de ses détails en font un point d'intérêt certain pour qui sait l'apprécier sans affectation.