2bis rue du Conservatoire, Paris 9e
L'édifice que l'on désigne comme la salle du Conservatoire, aujourd'hui enchâssée au sein du Conservatoire national supérieur d'art dramatique, n'est pas né d'une fulgurance artistique, mais d'une impérieuse nécessité administrative. Ordonnée par décret impérial en 1806, elle succédait à une modeste salle, jugée insuffisante pour les exercices des élèves et la remise des prix. Sa genèse s'inscrit donc dans une logique pragmatique de rationalisation des espaces institutionnels, sous la tutelle du ministère de l'Intérieur, attestant de la primauté de l'utilité sur la magnificence pure. L'architecte, François Joseph Delannoy, a livré ici, en 1811, une œuvre dont la pertinence tient moins à l'innovation stylistique qu'à l'efficacité de sa typologie. La salle adopte la forme éprouvée, classique, de la « salle à l'italienne », ce fer-à-cheval qui, dès l'Antiquité, a fait ses preuves en termes de visibilité et, par extension, d'acoustique. Ses 956 places, distribuées avec une hiérarchie sociale et sonore évidente – de l'orchestre au parterre, puis aux multiples loges et balcons – témoignent d'une organisation spatiale qui répondait aux canons de l'époque. Cette structuration rigoureuse de l'espace intérieur, bien que conventionnelle, a pourtant engendré une réputation enviable : celle d'être le « Stradivarius des salles de concert ». Un qualificatif élogieux, sans doute, mais dont l'exactitude mérité d'être nuancée. Car cette excellence acoustique ne fut pas l'apanage de la seule architecture. Elle fut surtout la résultante d'une savante interaction entre le bâti et l'usage, incarnée par la figure de François-Antoine Habeneck. Ce chef d'orchestre, dès 1828, mit en œuvre une scénographie sonore quasi scientifique pour la Société des concerts du Conservatoire. Sa disposition méticuleuse des pupitres, de l'ophicléide aux contrebasses en passant par les violons et les voix, transformait l'espace de la salle en un instrument à part entière, dont chaque élément était précisément orchestré pour le meilleur rendu. C'est sous cette ingéniosité d'aménagement que le public parisien put découvrir les symphonies de Beethoven et que des créations audacieuses de Berlioz, telles que la Symphonie fantastique, virent le jour. Son classement comme monument historique en 1921 a certes préservé sa parure intérieure lors de la restauration de 1985. Cependant, l'évolution des normes de sécurité et la modestie de sa capacité face aux exigences contemporaines ont fatalement altéré sa vocation première. La salle, qui jadis vibrait sous les plus grands orchestres, est aujourd'hui dévolue à des usages plus épisodiques, servant les ateliers du CNSAD et accueillant sporadiquement des productions théâtrales ou des résidences musicales. Une désacralisation fonctionnelle, en somme, qui illustre le destin souvent fluctuant des architectures d'exception, vouées à s'adapter ou à sombrer dans l'oubli, la survie passant parfois par une renonciation à la grandeur initiale.