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Pavillon de la Suède et de la Norvège

Pavillon de la Suède et de la Norvège

Rue Jean-Baptiste-Charcot176, boulevard Saint-Denis, Courbevoie

L'Envolée de l'Architecte

Il est toujours singulier d'observer la pérennité fortuite d'architectures nées pour l'éphémère. Le Pavillon de la Suède et de la Norvège, érigé pour l'Exposition Universelle de 1878, constitue un bel exemple de cette résilience improbable. Conçu par l'architecte norvégien Henrik Thrap-Meyer, il se voulait, à l'origine, une ambassade de bois, une vitrine pittoresque de l'identité scandinave au cœur de Paris. Loin des audaces structurelles que d'autres nations y exhibaient, il privilégiait une esthétique que l'on pourrait qualifier de néo-vernaculaire, mêlant des motifs traditionnels à une certaine forme d'éclectisme de bon aloi, typique de l'époque. On y aurait cherché, non sans une pointe de naïveté, à exprimer l'âme nordique à travers des charpentes ouvragées et des volumes modestes, un contraste saisissant avec l'exubérance métallique d'un certain Palais du Trocadéro voisin. Son destin post-exposition fut moins spectaculaire mais non moins curieux. Plutôt que la démolition promise à nombre de ses congénères, il fut démantelé et remonté à Courbevoie, don généreux – ou excentrique, c'est selon – du prince George Stirbey à sa fille adoptive, Consuelo Fould. Ce transfert le transforma d'un emblème national en une villégiature privée, un atelier d'artiste où la lumière septentrionale du bois d'origine devait, sans doute, inspirer une peintre imprégnée du XIXe siècle finissant. Cette reconversion, d'un espace public et représentatif à un lieu intime de création, marque une première stratification de sens. Le troisième acte de cette histoire architecturale fut sa mue en partie intégrante du musée Roybet Fould, inauguré en 1951. Le nom même, hommage au maître de Consuelo Fould, Ferdinand Roybet, avant de pleinement embrasser l'apport de la mécène, révèle une certaine pudeur posthume ou peut-être une modestie culturelle. C'est ici que le pavillon, désormais collé à d'autres édifices, dont la nature exacte reste souvent discrète dans les annales officielles, devient le réceptacle d'une collection d'œuvres de la seconde moitié du XIXe siècle, offrant une rétrospective non dénuée d'intérêt sur une période parfois malmenée par l'histoire de l'art. Le musée ne se contente pas de présenter les toiles de Fould et Roybet ; il assemble une galerie hétéroclite où des sculptures de Jean-Baptiste Carpeaux côtoient les dessins symbolistes d'Alexandre Séon et des témoignages de l'histoire locale, y compris, et c'est là une note des plus curieuses, des vestiges du Palais des Tuileries, incendié sous la Commune de Paris. Cette juxtaposition de fragments d'un palais impérial, d'une architecture scandinave d'exposition et d'un art fin-de-siècle, confère au lieu une identité composite, presque fragmentaire, éloignée de toute pureté stylistique. À proximité, le Pavillon des Indes britanniques, également rescapé de l'Exposition de 1878, complète ce tableau d'une muséographie faite de pièces rapportées. Ces deux structures, vestiges d'un événement global réassemblés dans un parc de banlieue, forment un diorama architectural involontaire, une sorte de cabinet de curiosités à l'échelle du bâtiment. Loin de toute prétention à l'innovation formelle, le Pavillon de la Suède et de la Norvège, dans son incarnation actuelle, est moins un objet d'étude purement architectural qu'un fascinant sédiment historique, un témoin discret et inattendu des caprices du temps et des appropriations successives. Il nous rappelle, avec une élégance toute scandinave – et désormais très courbevoisienne – que l'histoire des bâtiments est souvent plus romanesque que leur conception initiale.