boulevard des Batignolles rue de Chéroy rue Léon-Droux, Paris 17e
L'édification du Théâtre Hébertot, inauguré en 1838 sur le boulevard des Batignolles, ne procède pas d'une inspiration architecturale fulgurante, mais plutôt d'une nécessité administrative et d'une âpre querelle de privilèges. C'est l'ordonnance royale de 1830, scindant Clichy pour donner naissance aux Batignolles-Monceaux, qui fit naître le besoin d'une salle de spectacles. Mais cette aspiration citoyenne se heurta au monopole séculaire et quelque peu anachronique des frères Seveste, héritiers d'un droit exclusif sur les théâtres situés hors des murs des Fermiers généraux. Cette contrainte économique et réglementaire, plus que toute considération esthétique, semble avoir dicté les conditions de sa naissance, sous l'égide de l'architecte Adolphe Azémar, dont l'œuvre, classée monument historique en 1974, reste étonnamment discrète dans les annales architecturales par rapport à son histoire scénique. Avant l'incarnation d'Azémar, le projet audacieux d'un certain Besançon Souchet et de l'architecte Torasse, rue Lemercier, en 1830, illustre à merveille cette période d'incertitudes réglementaires. Leur salle, conçue pour se métamorphoser en une demi-heure de bal en théâtre, témoignait d'une ingéniosité fonctionnelle remarquable, bien que juridiquement bancale. Le Théâtre des Batignolles, lui, se rangeait dans la typologie classique de la « salle à l'italienne », un écrin de 630 places où la scène et le parterre, les balcons superposés, créent un axe frontal unique entre l'action dramatique et le public. L'analyse détaillée de sa façade originelle ou de ses dispositions intérieures premières est malheureusement lacunaire, suggérant un édifice à la composition sobre, répondant aux canons fonctionnels de l'époque sans grande exubérance ornementale. Ce n'est qu'en 1976 que des travaux d'envergure, dictés par les impératifs de sécurité et la volonté de Patrick Barroux, modifient son agencement pour l'adapter aux normes contemporaines, sans pour autant altérer l'esprit de sa volumétrie première. La vie de ce théâtre fut un chemin de croix administratif et financier, jalonnée de faillites et de changements de direction. Il fallut attendre Maurice Landay, qui le rebaptise « Théâtre des Arts » en 1907, pour entrevoir un renouveau. Mais c'est véritablement sous l'impulsion de Jacques Hébertot, dramaturge et journaliste avisé qui en prend la direction en 1940, que la salle acquiert ses lettres de noblesse et son nom définitif. Pendant trente ans, il en fait un haut lieu de la création et de l'interprétation, un creuset où se forgent les mythes de la scène moderne, de Pirandello à Camus, de Pinter à Ionesco, avec une constellation d'acteurs de premier plan. L'ambition de Jean-Laurent Cochet, dans les années 1980, d'en faire une « Comédie-Française bis » avec un répertoire alterné de grande ampleur, si elle témoigne d'une ferveur artistique louable, s'est heurtée à la réalité prosaïque des subventions municipales, insuffisantes pour soutenir un tel projet. Cette tentative héroïque mais éphémère souligne la fragilité inhérente au modèle des théâtres privés parisiens. Plus récemment, l'ajout d'une seconde salle, le Petit-Hébertot (aujourd'hui Studio Hébertot), témoigne d'une adaptation aux pratiques contemporaines, permettant une programmation plus diversifiée et intimiste. Son rôle dans l'imaginaire collectif est d'ailleurs ponctuellement rappelé, comme en 2013, lorsque sa façade discrète servit de décor au film *La Vénus à la fourrure* de Roman Polanski, un clin d'œil à son statut de lieu où les illusions scéniques s'ancrent dans la pierre de la ville.