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Enceinte de Châteauneuf

Enceinte de Châteauneuf

Rue Néricault-Destouches, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'enceinte de Châteauneuf, ou Martinopole, n'était pas qu'une simple fortification ; elle incarnait la volonté affirmée d'une jeune ville face à la prééminence de l'ancienne Cité de Tours. Cette muraille, érigée probablement entre 903 et 918, répondait certes à une nécessité défensive contre les raids normands, mais se présentait surtout comme un manifeste urbain et politique. Elle matérialisait la bipolarisation de Tours, affirmant la légitimité du bourg martinien, prospère par son pèlerinage et son commerce, face à l'autorité comtale et épiscopale de la Cité. Ses constructeurs, le chapitre canonial, les marchands et les bourgeois, s'inspirèrent de l'enceinte gallo-romaine de la Cité, adoptant un parti architectural similaire avec courtines et tours cylindriques, un geste clair de parité et de défi. Les courtines, hautes de dix à onze mètres et larges de près de trois mètres, étaient montées en un petit appareil irrégulier de silex et liées par un mortier rosé, parfois enduit d'une couche alvéolée révélant les moellons sous-jacents, un détail qui trahit, peut-être, une esthétique modeste. Elles étaient flanquées de tours cylindriques, partiellement engagées et espacées d'une quarantaine de mètres, dont les aménagements se poursuivirent jusqu'au XVe siècle, comme en témoignent les voûtes gothiques ajoutées ou les réfections de Thierry Babillone. La Tour de Babylone, par exemple, fut utilisée comme prison, et l'on y peignait encore au XVe siècle de faux joints de grand appareil sur un enduit blanc, pour simuler une maçonnerie plus noble. L'enceinte était percée de quatre portes cardinales, véritables points névralgiques pour le flux des pèlerins et des marchandises, tel le portail Saint-Martin à l'ouest. Autour de cette fortification courait un fossé rempli d'eau, présentant un profil en V, malheureusement converti en dépotoir avant d'être progressivement comblé dès le XIIe siècle, à mesure que l'enceinte perdait son rôle défensif au profit d'une urbanisation grandissante. Cet espace enclos, d'une superficie de quatre hectares, était théoriquement divisé en deux mondes distincts : au sud, l'enclos canonial avec ses maisons et le prestige de la basilique, au nord, le quartier laïc et commercial, vibrant d'églises paroissiales, de marchés et de changeurs, stimulant par le privilège de frapper sa propre monnaie. Cependant, les frontières physiques de cette bipartition s'avérèrent poreuses, les nécessités du quotidien et du culte ayant eu raison des interdictions strictes, comme le passage des femmes au sud pour y puiser l'eau d'un puits ou fréquenter une auberge tenue par les chanoines eux-mêmes. Aujourd'hui, les vestiges de cette enceinte sont ténus, la plupart ayant été détruits, notamment lors des bombardements de 1940 et de la reconstruction qui s'ensuivit. Seules subsistent en élévation quelques portions remaniées, comme une tour rue Baleschoux, partiellement enterrée, ou une autre, méconnaissable, rue Néricault-Destouches, témoins discrets d'une ambition urbaine farouche dont la compréhension continue d'alimenter les travaux des archéologues, dont les conclusions, parfois, s'opposent encore sur la chronologie exacte de son édification.