Vallangoujard
Perchée sur un éperon rocheux, l'église Saint-Martin de Vallangoujard offre d'emblée une silhouette qui interroge. Cet édifice, majoritairement de la seconde moitié du XIIe et du début du XIIIe siècle, déploie une ambition architecturale certaine qui contraste étrangement avec un sentiment d'inachèvement persistant. Le plan, modeste, se compose d'une nef de deux travées, de la base du clocher et d'un chœur à chevet plat, flanqué au sud d'un bas-côté singulier, dont la reconstruction au XVIIIe siècle trahit déjà une histoire de compromis. L'extérieur révèle cette dualité. La façade occidentale, avec son portail gothique du XIIIe siècle, constitue la partie la plus élaborée. Ses trois archivoltes toriques reposent sur des colonnettes aux chapiteaux de feuillages et de crochets, d'une belle plasticité, témoignant d'une exécution soignée. Le cordon de damiers au-dessus est une note d'ornementation bienvenue. Cependant, la niche en plein cintre du tympan semble une simplification ultérieure, loin de l'esprit originel. La tourelle d'escalier polygonale, percée de meurtrières, ajoute une touche médiévale authentique. L'élévation nord de la nef, la plus fidèle à son état primitif, est riche en enseignements. Ses contreforts à ressauts sont caractéristiques du gothique naissant. Les oculi, utilisés en guise de fenêtres hautes, suggèrent des contraintes économiques limitant la hauteur de l'édifice, un choix que l'on retrouve parfois dans d'autres églises du Vexin. Le mystère réside dans les grandes arcades qui s'ouvrent au nord, alors qu'aucun bas-côté n'y fut jamais édifié. L'hypothèse de murs provisoires en bois, ou d'une maçonnerie sommaire en attente d'un achèvement qui ne vint jamais, semble la plus plausible, révélant les difficultés financières d'un projet pourtant prometteur. Le clocher lui-même, arasé ou inachevé, avec ses pignons sommaires en moellons et l'absence d'ouvertures de cloches, renforce cette impression. Pénétrant l'intérieur, le vaisseau central, composé de la nef et de la base du clocher, apparaît quelque peu trapu, les murs latéraux n'excédant guère la largeur. L'élévation est dominée par des grandes arcades dont le sommet, fait rare, dépasse les chapiteaux du second ordre. Les oculi, au nord, confirment la volonté d'un éclairage supérieur. Le principe de l'équivalence entre le nombre de supports et d'éléments à soutenir, une disposition archaïque pour le XIIIe siècle, confère aux piliers cantonnés une certaine lourdeur, réduisant l'espace utile de la nef. On y lit l'empreinte d'une époque de transition et, sans doute, d'une ambition freinée par les moyens. Les voûtes d'ogives, toutes munies de formerets, sont d'une belle facture. Les nervures, aux profils toriques variés, et les clés ornées de couronnes de feuillages, attestent d'une recherche esthétique. Les traces de faux-appareil peint avec des frises de rinceaux sur les voûtains rappellent une ornementation jadis plus présente, caractéristique du Vexin. Le chœur carré, en revanche, propose une expérience plus sombre, son unique fenêtre ne suffisant pas à éclairer les surfaces couvertes de peintures murales modernes. La particularité architecturale réside dans les deux doubleaux contigus à son entrée, témoignant de deux campagnes de construction distinctes, quoique harmonisées dans leurs modénatures. Les chapiteaux du chœur, surtout ceux du côté nord, révèlent des palmettes et des motifs encore proches du style roman, contrastant avec les crochets plus élaborés de la nef, offrant ainsi une lecture chronologique de l'évolution stylistique de l'édifice. Certains chapiteaux du sud, lisses, peints a posteriori, confirment une intervention décorative plus tardive et moins scrupuleuse. L'histoire du mobilier de Saint-Martin est à elle seule une anecdote. Nombre d'éléments classés proviennent de l'ancienne église Saint-Nicolas de Mézières, commune rattachée à Vallangoujard en 1843. Le destin de cette église de Mézières, fermée, puis dévastée par une tempête en 1925 avant d'être rasée en 1978, a transformé Saint-Martin en une sorte de dépositaire mémoriel. La cloche Nicole de 1584, originaire de Mézières, ou la statue de Saint Antoine le Grand, sont autant de témoins de ce passé recomposé. L'église de Vallangoujard, au-delà de son architecture composite, est donc aussi un fragment de patrimoine déplacé, une collection involontaire qui reflète les vicissitudes du temps et les réorganisations administratives. C'est un monument qui, par ses lacunes et ses ajouts, raconte une histoire complexe de projets audacieux, de contraintes économiques et de récupérations astucieuses.