29 cours d'Albret, Bordeaux
L'hôtel de Basquiat, érigé entre mille sept cent soixante-dix-huit et mille sept cent quatre-vingt-un par l'architecte bordelais François Lhote, s'inscrit avec une sobriété certaine dans le paysage néo-classique de Bordeaux. Commandé par Joseph de Basquiat de Mugriet, conseiller au Parlement, l'édifice témoigne d'une époque où l'élégance se mesurait à la retenue, non à l'exubérance. Le terrain lui-même, acquis de l'archevêché en quête de fonds pour son propre palais épiscopal, illustre les nécessités financières qui pouvaient structurer le tissu urbain de l'Ancien Régime. Cet hôtel particulier, disposé classiquement entre cour et jardin, emprunte ses lignes aux canons du néo-classicisme alors en vogue, dont le Petit Trianon de Gabriel était une référence notoire. Lhote, sans copier servilement, en reprend les principes d'une composition rigoureuse. L'accès depuis le cours d'Albret s'effectue par une imposante porte cochère, ouvrant sur une cour d'honneur que flanquent des ailes abritant les communs, rattachées au corps de logis principal. Côté cour, la façade déploie une austérité raffinée, presque dénuée de décor sculpté. Elle privilégie plutôt les jeux de décrochements : avant-corps, pavillons latéraux, reliefs des frontons, bossages et corniches concourent à une eurythmie mesurée, soulignant l'équilibre des volumes. Côté jardin, l'élévation est animée par des pilastres colossaux à chapiteaux ioniques, une signature que l'on retrouve, avec une sévérité accrue, sur l'hôtel de Poissac, autre réalisation de Lhote à proximité. Le jardin, jadis plus vaste, fut amputé de moitié au gré des aménagements subséquents, laissant aujourd'hui place à une sculpture plus tardive, Le coupeur de lys d'Henri Bouillon, qui dialogue étrangement avec la pérennité architecturale. À l'intérieur, les dispositions originelles perdurent en grande partie. Le rez-de-chaussée, organisé avec une logique fonctionnelle, offrait côté cour le vestibule, une salle à manger, l'escalier d'honneur et une petite bibliothèque. Côté jardin, se déployaient le bureau et les salons, petits et grands. L'étage était réservé aux appartements privés, complétés de cabinets et de garde-robes, selon les exigences d'une vie domestique aisée. L'histoire du bâtiment est, elle aussi, une succession de fortunes et de revers. Après l'émigration de Basquiat, l'hôtel fut vendu comme bien national à Louis-Gaspard d’Estournel, agissant pour le compte de Jean-Rodolphe Wirtz, dont la fortune était bâtie sur le commerce négrier. Ce détail historique offre une perspective critique sur les sources de capitaux qui ont contribué à l'édification de tant de demeures fastueuses de l'époque. Les aléas financiers des héritiers Wirtz menèrent à une nouvelle cession, avant que la commune n'acquière finalement la propriété en mille huit cent quatre-vingt-sept pour y installer le rectorat de l'académie de Bordeaux, fonction qu'il a conservée jusqu'à récemment. Cette conversion d'une résidence privée en institution publique souligne les transformations urbaines et sociales des siècles suivants. Classé monument historique en mille neuf cent cinquante-neuf, l'hôtel de Basquiat demeure un exemple parlant de l'architecture bordelaise du dix-huitième siècle, un témoignage éloquent d'une certaine élégance bourgeoise et des mutations parfois silencieuses de son histoire.