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Hôtel des Comédiens Ordinaires du Roi

Hôtel des Comédiens Ordinaires du Roi

14 rue de l'Ancienne-Comédie, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice situé au 14, rue de l'Ancienne-Comédie, se présente moins comme une entité architecturale cohérente que comme un palimpseste urbain, une succession d'incarnations révélant les pragmatismes de l'usage et les flux changeants de la culture parisienne. Son histoire débute au début du XVIIe siècle, sous l'égide de Louis Audran, officier de Louveterie, pour abriter un jeu de paume – divertissement prisé, récompensé par la libéralité royale d'Henri IV. La volumétrie d'un jeu de paume, caractérisée par un vaste volume intérieur dégagé, sans entraves, était alors une disposition spatiale d'une simplicité fonctionnelle, permettant l'envol et le rebond de la balle. L'intérêt pour ce loisir s'étiolant, sous l'influence, dit-on, des préférences de Louis XIV pour le billard, ces vastes salles devinrent des coquilles vides, mûres pour une reconversion. Une anecdote, révélatrice de la mutabilité des mœurs de la cour, souligne ce glissement : la désaffection royale fut un catalyseur pour l'émergence du théâtre. C'est précisément cette flexibilité structurelle qui permit aux Comédiens Français d'acquérir le lieu en 1688. Plutôt que de simplement aménager l'existant, une démarche plus radicale fut entreprise : la destruction du jeu de paume et de deux bâtisses adjacentes pour ériger, sous la direction de François II d'Orbay, un nouveau théâtre. D'Orbay, architecte dont l'œuvre s'inscrivait souvent dans des registres de grandeur pour des commandes royales ou ecclésiastiques, fut ici l'ordonnateur d'une machinerie scénique complète. L'inauguration en 1689 marqua la naissance de l'Hôtel des Comédiens Ordinaires du Roi, un espace où la dialectique entre le plateau et la salle, le visible et le caché, allait s'orchestrer durant près d'un siècle. L'architecture devait alors répondre à des impératifs d'acoustique, de visibilité et de machinerie scénique, bien loin de la simple boîte du jeu de paume. Cependant, la gloire est éphémère. Les installations, jugées vétustes en 1770, précipitèrent le départ de la troupe royale. Le bâtiment, dès lors orphelin de sa fonction culturelle première, fut soumis à une fragmentation architecturale typique du tissu urbain parisien. La salle de spectacle fut rasée pour faire place à une cour, et les structures périphériques transformées en logements, ateliers et boutiques. La scène devint un banal espace de stockage, puis de bureaux. Cette déconstruction fonctionnelle est le sort commun de nombreux édifices qui perdent leur raison d'être originelle. La façade, notamment, retient un haut-relief de Minerve, vestige replacé, qui demeure un anachronisme élégant sur un édifice dont l'essence a été tant de fois remaniée. L'inscription aux monuments historiques en 1928 de ce détail sculptural, et l'apposition d'une plaque commémorative, tout comme le changement toponymique de la rue en « rue de l'Ancienne Comédie », sont autant de tentatives de conjurer l'oubli, de marquer le sol d'une mémoire plus tenace que les pierres elles-mêmes. Aujourd'hui, les réhabilitations contemporaines s'efforcent de valoriser des éléments résiduels comme la charpente, témoignant d'une archéologie du bâti qui peine à reconstituer le faste passé d'un lieu dont l'identité fut, par essence, une succession d'adaptations.