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Immeuble CGA

Immeuble CGA

12-18 rue Racine, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

L'Immeuble CGA à Nantes présente, dès l'abord, une curiosité stylistique qui mérite observation. Érigé en 1932 par l'architecte Henri Vié pour la Caisse générale accidents, cet édifice se pare d'une esthétique Art Déco, certes affirmée, mais curieusement nuancée par l'imitation de la pierre apparente. Le béton, matériau moderne par excellence, se voit ici revêtu des atours d'une tradition constructive plus ancienne, un compromis qui révèle une certaine prudence ou, peut-être, la volonté d'ancrer l'institution dans une respectable solidité. La façade, donnant sur la rue Racine, évoque avec une certaine grandiloquence la composition d'un hôtel particulier parisien. Son portique central, flanqué de deux ailes symétriques, suggère l'existence d'une cour intérieure généreuse, ouvrant sur des corps de bâtiment dessinant un « U » - une référence explicite, si ce n'est audacieuse, au Palais de l'Élysée. C'est là que réside une part de la finesse conceptuelle, ou de l'illusion construite : cette composition n'est qu'un trompe-l'œil. Les immeubles bordant la rue ne dissimulent pas une vaste cour, mais sont coiffés d'un toit-terrasse, dont une section fut aménagée, rompant ainsi avec la profondeur spatiale promise par l'ordonnancement de la façade. L'intérieur, cependant, révèle des qualités plus directes et assumées. Le hall d'entrée accueille le visiteur avec un sol de mosaïque, œuvre de l'atelier Graziana, dont les motifs et les couleurs témoignent d'une maîtrise décorative caractéristique de l'époque. De là, deux cages d'escaliers s'élancent, menant aux étages autrefois dévolus aux logements. Le cœur de l'édifice réside sans doute dans la grande salle des guichets. Elle s'offre sous une immense voûte, dont la facture en pavés de verre cimentés diffuse une lumière douce et homogène, créant une atmosphère propice à la concentration et conférant une certaine majesté à l'espace transactionnel. Cette solution technique, typique de l'Art Déco, est à la fois fonctionnelle et esthétique, permettant un éclairage zénithal sans les inconvénients de l'éblouissement direct. Henri Vié, figure notable de l'architecture nantaise de l'entre-deux-guerres, a su ici manier le vocabulaire moderne du béton armé avec une sensibilité classique. L'intégration de cet immeuble dans le tissu urbain de Nantes, et son actuel statut de Patrimoine du XXe siècle, puis d'inscription aux Monuments historiques en 2015, confirment, après des décennies, la reconnaissance de sa valeur intrinsèque, au-delà de ses quelques tours de prestidigitation formelle. Il représente un témoignage éloquent des aspirations de son temps, oscillant entre l'efficacité des nouveaux matériaux et la persistance d'une certaine idée de la grandeur architecturale, même si elle se dérobe parfois à un examen trop rigoureux. Cet édifice, qui accueille aujourd'hui les services de Nantes Métropole gestion équipements, continue de servir une fonction publique, ancrant ainsi sa présence dans la vie quotidienne nantaise avec une discrétion élégante.