31 rue de la Gaîté, Paris 14e
Établi à l'aube du XIXe siècle, en 1817, le Théâtre Montparnasse n'a pas vu le jour au cœur des boulevards parisiens mais en périphérie, bénéficiant alors d'un privilège théâtral singulier, octroyé par une monarchie restaurée, pour la banlieue. Cette localisation, au-delà du boulevard d'Enfer, dans ce qui n'était pas encore le 14e arrondissement parisien mais une rue de la Gaîté en devenir, ancre l'édifice dans une histoire de l'urbanisation autant que du spectacle. L'on y trouve d'abord, dès 1819, une structure des plus prosaïques : un théâtre de bois et de plâtre, reflet de son statut initial, une construction éphémère, bien loin des pérennités architecturales souhaitées pour les institutions citadines. Une certaine fragilité matérielle, inhérente à ces théâtres populaires de lisière, qui perdura jusqu'en 1856. Ce n'est qu'en 1886 que la salle prendra l'aspect que nous lui connaissons, sous l'égide de la veuve d'Henri Larochelle et de Louis-Hubert Hartmann. L'œuvre fut confiée à Charles Peigniet, architecte dont le nom se trouve par ailleurs associé, avec une certaine ironie du sort, au piédestal d'une statue de la Liberté, bien plus monumentale et transatlantique. Le contraste entre le support d'un symbole universel et la conception d'un lieu de divertissement local, aussi digne soit-il, ne manque pas d'un certain piquant. On peut y voir une forme d'humilité professionnelle ou, au contraire, une capacité d'adaptation à des échelles fort diverses. Le Montparnasse a traversé les époques en adoptant les noms de ses directeurs emblématiques, de Gaston Baty à Marguerite Jamois, et plus tard Myriam Colombi, attestant d'une vitalité et d'une adaptabilité remarquables. Il n'est pas rare, pour ces scènes privées, que l'identité du lieu se confonde avec celle de la personnalité qui l'incarne. La jauge actuelle de 715 places suggère une salle à l'échelle humaine, propice à une certaine intimité dramatique. L'inscription de ce bâtiment aux monuments historiques en 1984 vient tardivement saluer une architecture qui, sans être ostentatoire, a su traverser les décennies, témoin discret mais essentiel de la vie théâtrale parisienne. La création ultérieure du Petit Montparnasse, dans un ancien entrepôt de décors, illustre une dynamique d'expansion pragmatique, un souci constant d'optimiser l'espace et les opportunités scéniques. Ce théâtre, par sa genèse et ses métamorphoses, offre une leçon d'endurance, loin des fanfares et des grands gestes architecturaux, mais au cœur de la pérennité culturelle d'un quartier.