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Fondation des États-Unis

Fondation des États-Unis

Cité universitaire 15 boulevard Jourdan, Paris 14e

L'Envolée de l'Architecte

Érigée en 1929 au sein de l'embryonnaire Cité internationale universitaire de Paris, la Fondation des États-Unis se dresse, face au Parc Montsouris, comme un jalon architectural qui, sans grandiloquence, atteste d'une période charnière. Pierre Leprince-Ringuet, son concepteur, déjà reconnu pour des réalisations aussi diverses que la maison des élèves de l’École Centrale ou le musée d’Archéologie de Beyrouth, y a appliqué les principes d'un Art Déco alors en pleine maturité, un courant qui privilégiait la fonctionnalité sans pour autant renoncer à une certaine élégance formelle. L'édifice, dans sa massivité mesurée, présente une orchestration des volumes où la verticalité est tempérée par des lignes horizontales affirmées, un classicisme revisité par la géométrie moderne. Point d'exubérance néo-baroque ici, mais une rigueur façadière qui dissimule, derrière ses murs de brique ou de pierre calcaire, la vie studieuse des résidents. L'inauguration en 1930, sous l'égide de personnalités d'importance – les fondateurs Homer et Mabel Gage, l'Ambassadeur Walter E. Edge, et le Président Gaston Doumergue –, souligne l'ambition institutionnelle de cette fondation. L'intérieur, conservant son intégrité stylistique, révèle pleinement l'esthétique Art Déco, notamment dans le Grand Salon. C'est là que réside une part essentielle de son intérêt patrimonial : les fresques de Robert La Montagne Saint-Hubert, artiste franco-américain dont la renommée transatlantique est aujourd'hui quelque peu éclipsée. Peintes avec ses élèves Ethel Wallace et James Newell en 1930, ces œuvres, découvertes et restaurées avec une diligence exemplaire grâce à des mécènes avertis, constituent un ensemble décoratif unique à Paris. Leur chromatisme soutenu et leurs compositions narratives, emblématiques de l'époque, déjouent les attentes, offrant une immersion dans un art figuratif dont la stylisation est à la fois moderne et intemporelle, bien au-delà des tapisseries et mobiliers plus souvent associés à ce style. Au-delà de sa seule enveloppe bâtie, la Fondation s'anime d'une mission culturelle continue. Résidence de 267 chambres, incluant des ateliers d'artistes et studios de musique, elle perpétue une vocation d'échange franco-américain. Le dispositif de la bourse Harriet Hale Woolley, léguée dès les années 1930, illustre une clairvoyance remarquable, permettant à de jeunes talents américains en musique ou beaux-arts, ainsi qu'en psychiatrie, de s'imprégner de l'atmosphère parisienne. Cette transmission ininterrompue des savoirs et des arts confère à l'édifice une sédimentation historique qui dépasse la simple appréciation de ses volumes. L'inscription du Grand Salon et de son décor au titre des monuments historiques en 2009 ne fait que valider, avec le recul opportun, la valeur d'une architecture et d'un art décoratif qui, sans clinquant excessif, ont su traverser les décennies avec une certaine distinction.