Rue Malherbe, Nantes
La chapelle de l'Immaculée, sise rue Malherbe à Nantes, présente le singulier destin des édifices dont le vocable et la fonction évoluent au gré des siècles et des propriétaires. Née chapelle Saint-Antoine-de-Pade en 1470, à l'initiative du duc François II de Bretagne, elle s'inscrivait alors dans la tradition ducale de commémoration, répondant au vœu posthume de son épouse Marguerite. Sa localisation, à l'est des remparts d'alors, révélait une certaine audace urbanistique. L'achèvement du chœur en 1481, avec ses lignes gothiques flamboyantes, offre un témoignage des aptitudes constructives du XVe siècle, certains y voyant l'empreinte de Mathurin Rodier, l'architecte de la cathédrale voisine. C'est un plan en croix classique, avec ses travées de nef, de chœur et chapelles latérales, qui fut retenu, respectant la rigueur de l'époque. L'ensemble, bâti en granit et tuffeau, se dressait déjà, avec ses quarante-trois mètres de longueur et ses treize mètres cinquante sous voûte, comme une structure respectable, si ce n'est imposante. Le legs à l'ordre des Minimes en 1483, sous l'influence de saint François de Paule et du mourant Louis XI, marqua une transition. Toutefois, l'installation de ces religieux ne fut pas immédiate. La communauté nantaise et les ordres mendiants établis refusèrent longtemps leur proximité, arguant d'une gêne aux remparts et d'une concurrence déplacée en matière de pauvreté. Il fallut attendre 1590, puis le mécénat du duc de Mercœur et une prise de possession effective en 1604, pour que la chapelle devienne le cœur d'un couvent Minime. C'est ici, en 1626, que Richelieu officia pour le mariage, somme toute contraint, de Gaston d'Orléans avec Marie de Montpensier, un événement dont les vitraux plus tardifs ne manquent pas de se faire l'écho, conférant à la pierre une mémoire inattendue d'intrigues de cour. Le financement de Marie de Médicis, permettant l'achèvement des travaux entre 1630 et 1640, et la réalisation de la façade vers 1680, illustrent ces intrications entre pouvoir royal et édification religieuse. La Révolution, comme souvent, fut un tournant brutal. Dépouillée de sa fonction sacrée, la chapelle connut les avilissements du profane : atelier de serrurerie, parc à fourrage, tandis que le couvent se muait en filature puis raffinerie. C'est l'abbé Lusson, en 1849, qui la sortit de son torpeur industrielle, la rachetant et lui octroyant son nom actuel, Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception. Une première restauration fut menée par Théodore Nau, suivie en 1877 d'une refonte significative de la façade et de l'intérieur par l'architecte Bougoüin. Les affres de la Seconde Guerre mondiale lui portèrent un nouveau coup, nécessitant une restauration rapide en 1946. L'édifice, inscrit aux monuments historiques depuis 1991, a récemment fait l'objet de campagnes de restauration d'ampleur, notamment sur sa charpente et sa couverture entre 2001 et 2004, puis son intérieur entre 2009 et 2010, pour des sommes considérables, fruits de la générosité publique et diocésaine. La façade ouest et le parvis sont encore à l'étude, sous la houlette de M. Filâtre, architecte du patrimoine. L'intérieur révèle aujourd'hui des chapelles dédiées, comme celle du Sacré-Cœur, avec son autel en marbre blanc, ou celle de la Vierge Marie, dont la peinture évoque Bernadette. Les vitraux du chœur, qui narrent l'Assomption, le Couronnement de la Vierge, ou encore l'Immaculée Conception avec des évocations du péché originel, témoignent d'une iconographie religieuse classique, tout en intégrant des éléments plus contemporains. L'orgue de Louis Debierre, restauré en 1865, rappelle que la musique n'est jamais loin de l'architecture sacrée. Cette chapelle, au-delà de ses transformations, demeure un fragment d'histoire nantaise, patiemment maintenu par des investissements successifs, témoignant d'une pérennité fonctionnelle et esthétique, souvent au prix d'une constante réinvention.