Guiry-en-Vexin
L'église Saint-Nicolas de Guiry-en-Vexin offre, au premier regard, une composition architecturale quelque peu hétérogène, assemblée au gré des siècles et des fortunes, plutôt qu'une œuvre d'un seul jet. Elle se présente sans bas-côtés, un plan cruciforme simple, où les styles se juxtaposent sans toujours se fondre avec une grâce évidente. L'édifice, tel un livre ouvert sur l'histoire locale, révèle des strates de construction, la plus ancienne remontant au XIVe siècle pour son croisillon nord, au gothique rayonnant tardif, dont la voûte, paradoxalement flamboyante, se subdivise en une curieuse triple composition de voûtains. L'observation du clocher et de la façade occidentale, datés autour de 1557, révèle l'empreinte de la Renaissance. Bernard Duhamel n'hésitait pas à qualifier ces parties de remarquablement lourdes et froides, loin de la légèreté que l'on pourrait attendre. L'attribution à Jean Grappin, maître-maçon venu d'Italie à l'appel de François Ier, bien que discutée, souligne l'influence de ces ateliers migratoires dans le Vexin. Le dôme de pierre volumineux et disgracieux, coiffant ce clocher, en est une illustration frappante, tout comme la tourelle d'escalier qui obstrue l'une des baies, témoignant d'une exécution pragmatique. Le portail, mutilé au XIXe siècle, a perdu sa splendeur originelle, réduisant son potentiel de dialogue avec l'œil contemporain. La majeure partie de l'église, notamment le reste de la nef et le croisillon sud, s'inscrit dans le mouvement gothique flamboyant de la première moitié du XVIe siècle. C'est ici que l'édifice se dote de ses plus beaux atours, affichant des fenêtres aux réseaux les plus élaborés du Vexin français, avec des soufflets et mouchettes d'une sophistication certaine. L'intérieur de la nef, bien que dépourvu de bas-côtés et directement éclairé par de hautes fenêtres, déçoit légèrement l'attente d'élancement suggérée par l'extérieur. Ses voûtes, paraissant surbaissées, s'intègrent à une largeur importante, et l'intégration de la base du clocher dans la première travée se manifeste par une pile imposante et des raccordements peu harmonieux, révélant les compromis d'une reconstruction échelonnée. Le transept et l'abside, en revanche, se montrent plus aboutis. La croisée du transept et le croisillon sud se distinguent par une particularité structurelle : deux voûtes d'ogives couvrant la croisée et le croisillon, avec des piliers libres. Cette disposition, héritée potentiellement d'une base de clocher antérieure au XIVe siècle, confère à l'ensemble une élégance que l'on ne retrouve pas partout. Les clés de voûte armoriées, portant les emblèmes des familles Le Bœuf d'Osmoy et de Guiry, soulignent le mécénat seigneurial. Le croisillon nord, lui, conserve son caractère propre avec une voûte singulière aux trois voûtains subdivisés. Une délicate piscine liturgique rayonnante dans le croisillon sud, dont la mouluration torique évoque le XIIIe siècle, pourrait être un vestige réemployé de l'église antérieure, un écho lointain de ses fondations. Le mobilier, enfin, contribue grandement à l'intérêt du lieu. L'église abrite l'un des statuaires les plus remarquables du Vexin français, avec de nombreuses œuvres des XVe et XVIe siècles, dont dix-huit sont classées. Certaines, comme la Vierge à l'Enfant aux silouhettes allongées ou le Saint Sébastien, dont le naturalisme avait choqué au XVIIIe siècle, offrent un témoignage poignant de la piété et de l'art de l'époque. La clôture des fonts baptismaux, aux fenestrages flamboyants complexes, est un chef-d'œuvre de menuiserie, potentiellement issue d'une autre église, ajoutant à la collection éclectique de l'édifice. Les peintures murales de l'Annonce faite aux bergers et de l'Adoration des mages, bien que déplacées, témoignent de la richesse iconographique médiévale. L'église Saint-Nicolas, bien que délaissée par une pratique religieuse régulière — les messes dominicales y sont rares — demeure un monument essentiel pour comprendre les évolutions architecturales et les influences stylistiques dans le Vexin. Elle n'est peut-être pas un chef-d'œuvre d'unité, mais un remarquable agrégat d'intentions et de réalisations, un véritable musée à ciel ouvert de l'art de bâtir et de la sculpture, que l'association Saint-Nicolas s'attache à préserver depuis 1984.