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Hôtel de Marigny

Hôtel de Marigny

23 avenue de Marigny, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Marigny, sis avenue éponyme dans le 8e arrondissement de la capitale, n'est point l'émanation modeste d'un esprit frugal, mais bien la manifestation concrète de cette opulence bourgeoise qui, au crépuscule du XIXe siècle, cherchait à s'ancrer dans la permanence du style classique. Érigé en 1873, il offre au regard une silhouette de dignité, pour ne pas dire d'une certaine emphase, évitant l'exubérance au profit d'une grandeur mesurée. Il s'inscrit dans la tradition des grands hôtels particuliers parisiens, où la façade sur cour se fait plus démonstrative que celle sur rue. L'édifice se présente comme un corps de logis central, flanqué de pavillons saillants, auxquels s'adjoint une aile en retour, ménageant ainsi une cour d'honneur d'une ampleur certaine. L'avant-corps du logis, côté cour, orchestre une entrée d'apparat, soulignée par un portique de quatre colonnes corinthiennes. Celles-ci encadrent une baie principale et deux niches, supportant un fronton triangulaire qui vient parachever cette composition d'une rigueur académique. C'est un langage formel qui, sans véritable audace ni rupture avec les conventions, maîtrise son propos et répond avec pertinence aux exigences de représentation de ses commanditaires. La pierre de taille, matériau de prédilection de l'architecture haussmannienne, y confère une noble patine, jouant sur les pleins et les vides pour créer une profondeur visuelle, typique de l'esthétique du Second Empire et des débuts de la Troisième République. Commandité par le baron Gustave de Rothschild, l'hôtel fut l'œuvre de l'architecte Alfred-Philibert Aldrophe, tandis que l'aménagement intérieur fut confié à Albert Claude Philippe Cruchet, digne héritier d'une lignée d'ébénistes et décorateurs renommés. L'observateur sagace, ou simplement curieux, ne manquera pas d'y déceler, dans les moindres recoins, les initiales « RF ». Non pas, comme l'on pourrait naïvement le supposer, celles de la République Française, mais bien la marque indélébile des « Rothschild Frères », un détail qui en dit long sur la permanence de certaines signatures, fût-ce au prix d'une légère confusion sémantique postérieure. Il s'agissait là d'une affirmation de puissance et de goût, une façon de graver dans la pierre et le mobilier l'empreinte d'une dynastie financière. Acquis par l'État français en 1972, sous la présidence de Georges Pompidou, cet ancien écrin de la fortune privée a vu sa vocation transformée. De résidence bourgeoise, il est devenu le lieu d'accueil des hôtes étrangers du président de la République, succédant au Grand Trianon dans cette fonction protocolaire. Une reconversion qui n'est pas sans piquant, car le faste originel des Rothschild se trouve désormais au service de la diplomatie républicaine. Ce nouvel usage ne fut pas dénué d'épisodes singuliers. L'histoire retient notamment la visite, en 1978, du président roumain Nicolae Ceaușescu qui, accompagné de son épouse, s'y adonna à une forme de collectionnisme particulièrement directe, emportant quelques « souvenirs » mobiliers et ornementaux, estimés alors à plusieurs millions de francs. Une approche pragmatique de la diplomatie, il faut l'admettre, rarement consignée dans les annales officielles. Plus récemment, en 2007, l'hôtel fut le théâtre d'une autre excentricité diplomatique, lorsque le colonel Mouammar Kadhafi décida d'y installer sa tente dans le parc, un geste qui, par son caractère ostentatoire et sa rupture protocolaire, ne manqua pas de susciter quelques commentaires amusés, voire agacés, dans les cercles avertis. Son classement au titre des monuments historiques depuis 1992 vient, fort heureusement, pérenniser l'intérêt architectural de cette demeure, bien au-delà des péripéties de ses occupants éphémères.