7 place des Petits-Pères, Paris 2e
La Basilique Notre-Dame-des-Victoires, sise place des Petits-Pères, s'offre à l'observateur comme un palimpseste architectural, dont la genèse s'étire sur plus d'un siècle, de 1629 à 1740. Cette gestation prolongée, confiée à une succession d'architectes – Pierre Le Muet esquissant les premières lignes, puis Libéral Bruant et Gabriel Le Duc reprenant le flambeau, pour finir avec Jean-Sylvain Cartaud qui, au XVIIIe siècle, paracheva le portail – confère à l'édifice une identité moins unitaire qu'une stratification des intentions et des styles. On ne peut s'empêcher de noter, dès lors, que l'œuvre se déploie sans la parfaite cohérence d'une vision unique. La façade sud, attribuée à Cartaud, affiche un ordonnancement classique en deux ordres superposés, ionique au rez-de-chaussée, corinthien au-dessus, couronnée d'un fronton triangulaire où trône, au tympan, un écusson aux armes de France, modestement surmonté de la couronne royale et du grand cordon du Saint-Esprit. Une gloire en bas-relief au-dessus de la porte centrale complète ce dispositif, somme toute, conventionnel pour l'époque. Initialement conçue comme un témoignage de la gratitude royale de Louis XIII suite au siège de La Rochelle, bien que d'aucuns y voient une légende pieuse plutôt qu'une réalité des lettres patentes, l'église des Augustins déchaussés dut patienter, faute de deniers, avant de s'ériger. Une ironie du destin, peut-être, pour un vœu royal. L'intérieur révèle la même superposition temporelle et stylistique. Le chœur est dominé par les vastes compositions de Carle Van Loo, notamment la monumentale toile figurant le Vœu de Louis XIII, complétée par une série de scènes de la vie de saint Augustin, figures imposantes du XVIIIe siècle. L'édifice a connu une histoire mouvementée, typique de bien des lieux de culte parisiens. Sécularisée à la Révolution, elle fut tour à tour siège de la Loterie nationale puis Bourse des valeurs, avant d'être rendue au culte en 1802. C'est à partir de 1836, sous l'impulsion de l'abbé Dufriche-Desgenettes, qu'elle se métamorphosa en un sanctuaire marial de première importance, voué au Cœur Immaculé de Marie. C'est cette dévotion fervente qui explique l'extraordinaire collection de plus de trente-sept mille ex-voto qui tapissent ses murs, témoignages de grâces obtenues, transformant radicalement l'atmosphère du lieu. Cette mutation en fait un lieu populaire, bien loin des fastes royaux de sa conception. Anecdote notable : c'est ici, en 1853, qu'eut lieu le premier couronnement d'une statue de la Vierge en France, une requête de Pie IX en remerciement de l'intervention française à Rome. Parmi les éléments remarquables, l'orgue de tribune, avec son buffet sculpté du XVIIIe siècle, œuvre de Louis-Alexandre Régnier, classé Monument Historique, offre un contraste esthétique avec l'instrument plus récent d'Alfred Kern (1973). Le buffet, majestueux, avec ses cinq tourelles et son positif de dos, ses décors de vases, trophées et instruments de musique, est un exemple raffiné du travail du bois. Les verrières, quant à elles, constituent une sorte de chronologie de l'art du vitrail au XIXe siècle, avec des contributions d'Antoine Lusson, Claudius Lavergne, Charles-Philibert Gomichon des Granges et l'atelier Mauméjean, reflétant les évolutions stylistiques et les préoccupations dévotionnelles de chaque époque. On y lit les efforts des curés successifs pour dynamiser la fréquentation de l'édifice, y compris par l'ajout de représentations de la sculpture de l'autel de l'Archiconfrérie elle-même. Il convient de mentionner que la basilique abrite le cénotaphe de Jean-Baptiste Lully, profané durant la Commune de Paris, un détail qui, sans emphase, rappelle les vicissitudes de l'histoire. Joris-Karl Huysmans, dont le jugement était souvent acerbe, y voyait une de ces rares églises qui « conserve intacte l'âme perdue des temps », un constat qui, sous la plume de l'écrivain, n'est pas sans une certaine forme d'approbation mesurée. Notre-Dame-des-Victoires, en somme, se présente non comme un manifeste architectural singulier, mais comme le creuset d'époques et de pieuses intentions, dont la richesse réside moins dans une unité formelle que dans la densité de son histoire et l'accumulation de ses dévotions.