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Hôtel de préfecture des Bouches-du-Rhône

Hôtel de préfecture des Bouches-du-Rhône

Place de la Préfecture, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

Le désir de Charlemagne Émile de Maupas, préfet des Bouches-du-Rhône, d'un monument somptueux digne de son rang marque la genèse de cet édifice, érigé entre 1862 et 1866. L'ambition, souvent mère des architectures, se heurte ici aux réalités du site. Un vaste parallélogramme de quatre-vingt-dix mètres de longueur sur quatre-vingts de profondeur, dont l'implantation sur d'anciens remparts et fossés du XVIIe siècle imposa des fondations spéciales, une contrainte géologique qui se rappela plus d'un siècle plus tard lors de la création d'un parc de stationnement souterrain, déstabilisant la façade principale et nécessitant des injections de béton. L'architecte départemental, Auguste Martin, fut chargé d'articuler cette masse. L'ordonnancement de la façade nord, principale, déploie une hiérarchie classique dans la fenestration : des frontons circulaires au rez-de-chaussée, triangulaires au premier étage, puis de simples linteaux rectangulaires à l'étage supérieur. Une composition académique, empreinte d'une certaine gravité. Le programme statuaire, riche et patriotique, orne cette façade avec les figures de Jean V de Pontevès et Vendôme, Jean-Étienne-Marie Portalis et l'intendant Lebret, œuvres d'Eugène-Louis Lequesne. Il est piquant de noter que la statue équestre de Napoléon III, commandée à Eugène Guillaume, fut hâtivement détruite dès 1870, marquant l'instabilité politique d'une époque dont l'architecture se voulait pourtant immuable. La direction des travaux fut mouvementée. Les désaccords avec le préfet Maupas et les inévitables dépassements de devis conduisirent Auguste Martin à démissionner en 1864, laissant la main à François-Joseph Nolau, un architecte parisien réputé pour son expertise en décors intérieurs. Ce changement souligne peut-être un glissement des priorités, d'une enveloppe monumentale vers un faste plus intime, conforme aux exigences de représentation du second Empire. L'édifice achevé, Maupas put prendre possession de son palais préfectoral en décembre 1866, mais fut ironiquement relevé de ses fonctions par décret impérial à la fin du même mois, l'empêchant de jouir durablement de son œuvre. Il n'en inaugura pas moins l'hôtel le 1er janvier 1867, un geste de défi teinté d'amertume. Cependant, la vie du bâtiment fut loin d'être paisible. Symbole de l'autorité, il fut la cible des troubles de la Commune de Marseille en 1871. Après l'audacieuse proclamation de solidarité avec Paris depuis son balcon, l'édifice subit un bombardement acharné par les troupes versaillaises du général Espivent, tirant depuis Notre-Dame-de-la-Garde, surnommée alors avec dérision Notre-Dame de la Bombarde. Plus de deux cent quatre-vingts obus s'abattirent sur la préfecture, transformant l'austère monument en un champ de bataille dévasté avant sa chute après dix heures de combats. Cette cicatrice historique confère à l'hôtel de préfecture une dimension qui dépasse sa seule vocation administrative, le plaçant au cœur des épisodes les plus ardents de l'histoire marseillaise. Les statues de la cour intérieure, figurant Mirabeau, le bailli de Suffren, Pierre Puget et le duc de Villars, par Jean Marcellin, offrent un panthéon local qui achève de sceller le bâtiment dans son ancrage provençal et national, un rappel constant de figures tutélaires veillant sur un lieu chargé d'histoire et de pouvoir.