3 place de la Petite-Hollande Rue Kervégan Quai Turenne, Nantes
Surgissant des terrains meubles de l'île Feydeau, cet Hôtel de La Villestreux, élevé sur un ingénieux gril à la hollandaise, se dresse comme un monument à la prospérité du négoce nantais du XVIIIe siècle. L'architecte parisien Landais fut chargé, entre 1743 et 1754, de concrétiser les aspirations de Nicolas Perrée de La Villestreux, armateur et négrier, dont la fortune se devine à l'ampleur et au raffinement de l'édifice néo-classique. L'ordonnancement de ses trois façades, caractérisées par douze travées rigoureusement alignées sur cinq étages, déploie un total de cent quatre-vingts ouvertures, une régularité qui confère à l'ensemble une dignité et une certaine austérité. La façade occidentale, avec son avant-corps central surmonté d'un fronton, se distingue par l'élégance de ses baies jumelées au premier étage, s'ouvrant sur un balcon filant, ainsi que par ses mascarons grimaçants qui ornent les clés d'arc de l'entresol. Ces figures, entre grotesque et expressionnisme, semblent interpeller le passant d'un regard tantôt étonné, tantôt pensif, et trahissent une certaine ostentation décorative, contrastant avec la sobriété plus affirmée des façades sur la rue Kervégan et le quai Turenne, où de simples agrafes remplacent l'exubérance des mascarons. La vaste cour intérieure, à laquelle on accède par une porte cochère, révèle elle aussi son lot de mascarons, notamment Mercure et Neptune au-dessus du porche, signalant sans ambiguïté l'origine maritime et commerciale de la fortune du commanditaire. Les deux grands escaliers monumentaux à jour central, disposés dans les ailes nord et sud, attestent d'une conception pensée pour le faste et la circulation aisée des occupants et de leur domesticité, un signe manifeste de la stratification sociale de l'époque. Les intérieurs, dit-on, surpassaient en richesse ceux des autres demeures de l'île, avec un usage généreux du lambris de hauteur et des décors rocaille, dont certains, il est vrai, ne sont plus que des copies de pièces originales déplacées, un détail qui en dit long sur le destin parfois morcelé de ces grandes demeures. L'histoire de l'hôtel fut ponctuée par des épisodes pour le moins singuliers. Durant la Terreur, l'hôtel servit de résidence à Jean-Baptiste Carrier, dont la maîtresse aurait assisté des balcons aux sinistres noyades de Nantes, ajoutant une sombre note à l'élégance classique de l'édifice. Plus tard, au XIXe siècle, la rumeur d'une maison hantée par des bruits de chaînes fut dissipée par la prosaïque découverte d'une lézarde murale, transmettant les échos des écuries et de la boulangerie voisine, une explication qui ramène l'extraordinaire au rang du banal. Cet hôtel, inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, a survécu aux affres du temps, y compris un bombardement sur son porche durant la Seconde Guerre mondiale, et continue de témoigner d'une époque où l'architecture, au-delà de sa fonction, se faisait le miroir des ambitions et des drames de la société.