32 rue de Trévise, Paris 9e
L'Hôtel Bony, érigé en 1826 par Jules de Joly pour l'entrepreneur René Bony, offre un témoignage éloquent, quoique dénué de toute grandiloquence, de l'architecture domestique parisienne sous la Restauration. Cet hôtel particulier, loin des commandes d'apparat qui firent la renommée de son architecte, tel le Palais Bourbon, révèle une application plus intime, mais non moins rigoureuse, des principes néoclassiques alors en vogue. La localisation, dédoublée, entre une entrée sur cour discrète depuis la rue Bleue et une façade sur jardin plus ouverte donnant sur la rue de Trévise, révèle le jeu subtil entre l'ostentation et la retenue, caractéristique de ces demeures bourgeoises. L'accès par une allée suggère une volonté de préserver l'intimité, reléguant le bâtiment principal à l'arrière-plan du tumulte urbain, un artifice spatial fréquemment employé pour créer une enclave de quiétude. Le plan typologique, articulant cour d'honneur et jardin d'agrément, demeure un archétype de l'habitat aristocratique et nanti. Le style Charles X se manifeste ici par une certaine sobriété dans l'ornementation extérieure, privilégiant la justesse des proportions et la clarté des lignes, loin de la surcharge décorative que l'on pourrait reprocher à d'autres époques. La pierre de taille, matériau noble et pérenne, assure à l'ensemble une dignité certaine, que complètent les éléments de ferronnerie, tels que la grille inscrite, qui ponctuent les pleins et les vides avec une élégance toute classique. Les façades, inscrites au titre des monuments historiques dès 1927 et partiellement classées en 1976, attestent de cette valeur patrimoniale. L'intérieur, quant à lui, semble avoir permis à Joly d'exprimer une palette stylistique plus large. La mention d'un escalier orné de dessins Premier Empire et d'un grand salon de style Révolution n'est pas sans intérêt. Loin d'une simple juxtaposition d'époques, elle témoigne de la capacité de l'architecte à maîtriser et réinterpréter les répertoires classiques, adaptant des motifs hérités de la Révolution et de l'Empire à l'esthétique du temps de Charles X, une période qui cherchait à concilier le prestige du passé avec les aspirations d'une nouvelle élite. C'est en quelque sorte une archéologie stylistique à l'intérieur même d'une création contemporaine. René Bony, entrepreneur de travaux publics, représente bien cette figure du nouveau commanditaire, dont la réussite économique lui permet d'accéder aux attributs de l'ancienne aristocratie, y compris le faste architectural. L'hôtel fut ensuite habité par le maréchal Édouard Mortier, duc de Trévise, une figure militaire emblématique de l'Empire et de la Restauration. Sa présence confère à la demeure une résonance historique certaine, la reliant aux cercles de pouvoir de son temps. Mortier, fidèle parmi les fidèles de Napoléon, puis grand officier sous Louis XVIII et Charles X, incarne la trajectoire de ces hommes d'épée qui traversèrent les régimes, apportant avec eux une part de l'histoire tumultueuse de la France. La pérennité de l'édifice est aujourd'hui confirmée par son occupation récente par l'entreprise Morning. Cette conversion à des usages tertiaires est un destin courant pour ces hôtels particuliers parisiens, dont la volumétrie et la disposition originelles se prêtent, avec des aménagements, à de nouvelles fonctions, assurant ainsi, non sans une certaine pragmatisme, leur survie dans le tissu urbain contemporain. C'est là une évolution inéluctable pour ces reliques d'un art de vivre révolu.