Bois de Vincennes , route de la Pyramide, Paris 12e
L'on se plaît parfois à désigner ce monument comme un obélisque de forme pyramidale, une singularité terminologique qui d'emblée, dénote la relative modestie de l'objet et sa vocation plurielle, au-delà de toute pure ambition statuaire. Érigé en 1731 au cœur du bois de Vincennes, ce marqueur de pierre ne célèbre pas une victoire militaire ou une prouesse dynastique éclatante, mais un acte de gestion forestière : le reboisement commandité par Louis XV. C'est un monument d'utilité publique avant d'être une œuvre d'art majeure, ce qui n'ôte rien à l'intérêt de son étude. Sa silhouette, bien que massive, s'inscrit dans un registre d'ordre rustique, loin des splendeurs urbaines. Les frères Slodtz, dont on connaît par ailleurs le talent, ont ici appliqué des ornements rocaille, discrets, à travers des cartouches qui accueillent les armes de France et une inscription latine commémorant cet effort sylvicole. L'artifice le plus notable réside sans doute dans ces mascarons déversant de l'eau sculptée, tentant de conférer l'illusion d'une fontaine à un socle dont les degrés inclinés s'étalent au sol. L'ensemble, protégé par de banales bornes de pierre, révèle plus un souci de pragmatisme que d'esthétisme pur. Le sommet, coiffé d'un globe et d'une aiguille de bronze doré, n'est pas sans fonction. La croix cardinale qu'il arbore indique, avec une précision fort louable pour l'époque, les points cardinaux. Cette particularité révèle une double vocation : commémorative, certes, mais également pratique, servant de repère essentiel aux chasseurs et aux navigateurs terrestres du temps. La postérité lui attribua même, par une légende tenace, l'emplacement du chêne séculaire sous lequel Saint Louis aurait rendu sa justice, conférant au lieu une profondeur historique apocryphe, mais tenace. L'histoire n'est jamais simple, et la Révolution vint perturber cette placide fonction. En 1799, après l'assassinat des plénipotentiaires français au congrès de Rastatt, ce monument, choisi comme point focal d'une cérémonie de deuil nationale, fut restauré avec une touche de dramatisme républicain : son globe fut peint en noir et le mot « Vengeance ! » y fut inscrit. Une transformation éloquente, subreptice, mais révélatrice de la capacité d'un objet architectural à être le réceptacle de passions collectives. Classé monument historique en 1946, cet obélisque-pyramide continue d'ancrer le carrefour et les routes environnantes de son nom, témoignant de son rôle de jalon urbain. Sa présence dans les tableaux de Maurice Chabas pour l'Hôtel de Ville de Vincennes en atteste, discrètement mais sûrement, l'intégration à la conscience collective locale.