7 rue du May, Toulouse
L'Hôtel Dumay, érigé en 1585 pour le médecin Antoine Dumay, illustre avec une certaine sobriété l'affirmation sociale de la bourgeoisie toulousaine à l'aube du XVIIe siècle. Ce type d'hôtel particulier, construit à une époque où l'ordre classique commençait à tempérer les exubérances, témoigne d'une recherche de prestance, tout en s'ancrant dans les particularités constructives locales. L'édifice, caractéristique de la Renaissance méridionale, a sans doute été conçu avec une façade sur rue d'une retenue calculée, masquant une cour intérieure plus généreusement ornée. Les matériaux de prédilection, ces briques roses si distinctives de Toulouse, auraient conféré à l'ensemble une patine chaleureuse, soulignée par les encadrements de pierre qui ponctuent l'ordonnancement des baies. La distribution des volumes, la relation entre le corps de logis principal et les ailes secondaires, devait articuler une séquence d'espaces privés et de représentation, typique des résidences de notables. Le classement des façades et toitures dès 1950, puis l'inscription de l'intérieur en 1992, signalent la reconnaissance tardive de l'intégrité de ses dispositions originelles, souvent altérées par les siècles d'occupation. Antoine Dumay, médecin de Marguerite de Valois, n'était pas un homme du peuple. Sa position lui permettait d'aspirer à un cadre de vie en adéquation avec son rang et son influence. On peut imaginer qu'il fit appel à l'un de ces maîtres d'œuvre locaux, dont l'habileté consistait à adapter les canons esthétiques venus d'Italie aux ressources et aux traditions du pays de brique. Cette édification n'était pas seulement une question de confort, mais aussi de manifestation du succès d'une profession libérale en pleine ascension. La transformation du lieu en musée, initiée par le docteur Siméon Durand en 1948 et concrétisée par Les Toulousains de Toulouse en 1955, offre un destin paradoxal à cet hôtel. Ce qui fut un foyer privé, un espace intime, est devenu un réceptacle de la mémoire collective, ses murs muets accueillant désormais les vestiges d'une histoire qu'ils ont eux-mêmes vécue. Cette mue, si elle garantit la pérennité de l'édifice, en modifie fondamentalement l'essence. Les collections exposées y trouvent un écrin de choix, mais la vie domestique du XVIe siècle, avec ses bruits, ses odeurs, ses routines, demeure à jamais une abstraction pour le visiteur contemporain. C'est le lot commun des hôtels particuliers convertis : ils perdent leur âme au profit de leur statut de pièce de musée.