14 rue du Château, Nantes
L'Hôtel Paulus du Fonteny, plus communément désigné sous les vocables fluctuants d'Hôtel de Goulaine ou Harrouys, sis au 14 de la rue du Château à Nantes, offre un cas d'étude architectural des plus pertinents. Il se distingue non seulement par son envergure, mais surtout par une intégrité qui en fait le plus complet et le mieux conservé des hôtels particuliers nantais du XVIIe siècle. Cette permanence, dans une rue historiquement dévolue aux dignitaires des États de Bretagne, n'est pas fortuite. Elle reflète une ambition certaine dans un tissu urbain alors contraint, où la rareté et le coût des parcelles dans le quartier du Bouffay rendaient l'édification de telles demeures un véritable défi financier et logistique. C'est Nicolas Paulus, sieur du Fonteny, administrateur du duché, qui initia en 1670 ce vaste projet. L'acquisition de maisons préexistantes pour consolider une emprise foncière suffisante témoigne de la détermination du commanditaire, dont le nom se grave en 1684 sur la lucarne centrale, marquant l'achèvement de la façade principale. Les maîtres d'œuvre, Étienne Bedoy et Mathurin Grolleau, ont conçu une composition d'une rigueur et d'un ordonnancement caractéristiques de l'époque, jouant sur l'alternance du granit robuste et du tuffeau plus délicat. La façade sur rue, en huit travées, s'articule autour d'un portail central qui en est l'expression la plus affirmée. Encadré de pilastres d'ordre dorique, traités avec une robustesse assumée en bossages rustiques, ce porche s'ouvre sur une voûte d'arêtes. Le visiteur attentif notera le mascaron grimacant qui surmonte l'entrée, ainsi que l'entablement richement orné d'une frise à l'antique, déclinant bucranes, fleurons et têtes de lion, détails qui dénotent un goût pour l'érudition classique. La porte cochère en bois, avec ses vantaux d'origine et son heurtoir à tête de lion, parachève cette entrée avec une dignité sobre. Au-delà de cette imposante façade, l'édifice se déploie autour d'une cour intérieure, flanquée de deux ailes en retour. Celles-ci abritent deux escaliers d'honneur, desservant des étages conçus non pas pour une unique famille, mais pour deux logements de qualité distincts, marquant là une évolution notoire. Cet hôtel de rapport, une nouveauté pour Nantes alors que d'autres hôtels particuliers restaient à usage unique, préfigurait le modèle qui serait ensuite appliqué dans les grands projets urbains des quartiers Feydeau et Graslin. La cour, outre son rôle distributif, accueillait des dépendances telles qu'écuries et remises, et un puits, signe d'une autonomie fonctionnelle. Les siècles n'ont pas épargné l'Hôtel Paulus. Le XVIIIe siècle fut marqué par des modifications sensibles : agrandissement des baies, suppression d'allèges, renouvellement des ferronneries, et des ajustements intérieurs. La partie sur cour, notamment, vit ses écuries rehaussées de deux niveaux supplémentaires et de combles, agrémentées de coursives et d'une petite tourelle abritant des latrines communes, une concession à la fonctionnalité collective moins esthétique mais d'une logique implacable. Les XIXe et XXe siècles poursuivirent cette densification par la division des logements. Pourtant, l'ossature originelle et l'esprit général de l'édifice demeurent lisibles, notamment grâce à la conservation de nombreuses menuiseries d'époque. L'ensemble, après des restaurations par phases, continue de présenter ce témoignage d'une architecture qui sut marier la grandeur de l'hôtel particulier à l'efficacité d'un investissement locatif, une dualité qui en fait un monument de son temps.