Avenue de Trivaux, Meudon
Meudon, ce site dont la topographie, jadis célébrée par un Blondel jugeant son potentiel supérieur à celui de Versailles, se révèle aujourd'hui comme un palimpseste architectural complexe. Ses splendeurs passées, maintes fois refaçonnées par des ambitions successives, ne subsistent souvent qu'en échos, ou sous les strates d'une utilité nouvelle. L'édifice originel, le Château-Vieux, émergea à la Renaissance, d'abord sous l'impulsion de la famille Sanguin, puis de la duchesse d'Étampes. Un corps de logis carré, de brique et de pierre, agrémenté de pilastres et de lucarnes ouvragées, donnait le ton. François Ier y vit le cadre idéal pour ses villégiatures, finançant des agrandissements qui, dans leur style, n'étaient pas sans rappeler l'élégance d'Écouen. L'ère du Cardinal de Lorraine, dès 1552, transforma Meudon en un laboratoire d'influences italiennes, notamment avec l'adjonction de la fameuse Grotte. Imaginée par Primatice, cette folie maniériste mêlait styles français et transalpin, ornée de mosaïques, de coquillages et de marbres, et fut, selon Vasari, d'une "ampleur si extraordinaire qu'il rappelle les thermes antiques". Pierre de Ronsard lui-même en chanta les louanges, attestant de son impact culturel, bien avant qu'elle ne soit vouée à la destruction. Le Grand Siècle fut marqué par la vision d'Abel Servien, surintendant des finances, qui confia à Louis Le Vau le soin d'ériger un nouveau pavillon central octogonal, surmonté d'une coupole. Un audacieux "salon à coupole" s'y ouvrait sur des jardins alors en pleine extension, rivalisant, quoiqu'à moindre échelle, avec les fastes de Vaux-le-Vicomte. C'est à cette période qu'une vaste terrasse fut aménagée, déplaçant le village, et qu'une Orangerie monumentale fut élevée, demeurant l'une des rares survivances intactes de cette époque. Plus tard, Louvois, ministre omniprésent, fit de Meudon un véritable pendant à Versailles. Son "cabinet des miroirs" reflétait à l'infini les panoramas sur la Seine et Paris, tandis que les jardins bas s'épanouissaient sous la main experte de Le Nôtre. Nicodème Tessin le Jeune, lors de sa visite en 1687, nota avec une précision presque clinique les boiseries de Charles de La Fosse et l'ingénieux système de chauffage par conduits de cuivre, témoignant d'une modernité inattendue au sein du faste. Les réceptions y étaient fastueuses, bien que, selon les chroniques, Louis XIV y connut parfois la déconvenue d'un temps maussade. L'apogée du domaine fut sans doute atteinte sous Monseigneur, le Grand Dauphin, à partir de 1695. Il y instaura un style plus personnel, préfigurant la Régence avec ses boiseries "à la Capucine" et ses arabesques d'Audran. Pour loger une cour toujours plus nombreuse, il fit édifier le Château-Neuf, à l'emplacement même de la Grotte. Jules Hardouin-Mansart en dessina les plans, et cette construction, perçue comme un "hôtel" pour courtisans, fut achevée avant la chapelle royale de Versailles, dont elle est considérée comme un modèle préparatoire, loué par Blondel. Les jardins, qualifiés de "suspendus" à la Sémiramis, s'étendirent jusqu'à Chaville, rattachant Meudon au Grand Parc de Versailles. Monseigneur s'y retirait pour une vie moins protocolaire, usant même d'un "Petit Appartement Frais" dont la discrétion n'était pas fortuite. Le XVIIIe siècle marqua un lent déclin après la mort du Dauphin. Le site fut temporairement délaissé, visité par le tsar Pierre le Grand, puis brièvement occupé par la fantasque Duchesse de Berry. Saint-Simon y séjourna également, soulignant la noblesse déchue du lieu. Le Cavalier de Fréjus, en 1748, en fit une description contrastée, notant la persistance des armes de Louvois et la "galerie qui règne en dehors des fenêtres de toute beauté", mais déplorant un luxe inférieur à Versailles. Louis XVI et Marie-Antoinette y connurent la tragédie de la mort du jeune Dauphin. La Révolution le transforma en "château de la République", théâtre d'expériences d'aérostation, qui conduisirent au regrettable incendie du Château-Vieux en 1795. Plus tard, en 1871, le Château-Neuf, occupé par les Prussiens, fut détruit non par l'ennemi, mais par les bombardements français eux-mêmes, un destin ironique pour une résidence royale. Jules Janssen le métamorphosa en observatoire, rasant une partie significative de l'édifice, transformant ainsi la grandeur princière en utilité scientifique, rendant par là-même une large portion du domaine inaccessible au public. Malgré les destructions et les mutations, Meudon conserve les traces de sa grandeur. La Grande Perspective, voulue par Servien et aménagée par Le Nôtre, reste un axe monumental. L'Orangerie, les communs du Grand Dauphin, et la grande terrasse demeurent, témoins d'une histoire tourmentée. Le classement au titre des monuments historiques, intervenu tardivement en 1972, souligne une reconnaissance posthume, tandis que le potentiel archéologique des souterrains du Château-Vieux, inexploré, promet de révéler d'autres récits enfouis. Meudon, ce n'est pas tant une perfection statique qu'une suite incessante de métamorphoses, un miroir des grandeurs et des vanités de l'histoire française.