21 rue Briçonnet, Tours
L'Hôtel de Choiseul, niché dans le tissu ancien de Tours, rue Briçonnet, s'inscrit moins comme une fulgurance architecturale que comme une sédimentation pragmatique. Érigé en 1733, il témoigne de cette capacité propre à la bourgeoisie marchande de l'époque à réinvestir l'existant, non sans un certain opportunisme foncier. Jean Soulas-Girollet, fabricant tourangeau, n'a pas bâti sur un terrain vierge mais a patiemment agrégé des parcelles, des vestiges du XVe siècle, pour y asseoir sa demeure. C'est là une méthode caractéristique, où l'économie des moyens le dispute à la volonté d'établissement. L'édifice, désormais discrètement protégé, révèle l'ambition d'une lignée. Sa façade, sans doute en pierre de tuffeau, matériau de prédilection en Touraine, devait afficher une sobriété ordonnée, typique du classicisme provincial du XVIIIe siècle. L'équilibre entre les pleins muraux et les percements des fenêtres, souvent encadrées et alignées, dictait la composition. Point de profusion ornementale ici, mais une dignité fonctionnelle, une adéquation aux usages domestiques et représentatifs d'un négociant prospère. Il n'était pas question de rivaliser avec les fastes de la cour, mais bien d'affirmer un rang social en milieu urbain. C'est sans doute cette respectabilité discrète qui attira le duc de Choiseul. Sa présence éphémère entre 1771 et 1774, alors qu'il occupait le poste de gouverneur de Touraine, conféra à l'hôtel une brève, mais notable, aura. Ce ne fut pas son palais de résidence, bien sûr, mais une halte commode, une marque de son passage qui, par un glissement d'usage, donna son nom à la bâtisse. Une anecdote qui souligne la capacité des grands noms à laisser leur empreinte sur des lieux qu'ils n'ont pas forcément commandités ni même longuement habités. La valeur de vingt mille livres déboursée par François Cartier-Roze en 1772 pour acquérir cette propriété, après le décès de Soulas-Girollet, en atteste la consistance et la pérennité. Une somme substantielle, reflet de la robustesse de l'investissement. Cet hôtel, comme d'autres contemporains tels l'Hôtel Papion, dont le commanditaire était lié à la même sphère marchande, illustre un urbanisme bourgeois où les liens familiaux et commerciaux se traduisaient souvent par une contiguïté immobilière. Ces demeures, plus que de pures expressions artistiques, sont des documents sociaux : elles racontent l'organisation d'une ville, la hiérarchie des fortunes, et le goût pour un certain confort ordonné. L'Hôtel de Choiseul, dans sa résilience, poursuit cette narration silencieuse, ancrée dans le vieux Tours, témoignant d'une époque où la pierre parlait moins de révolution esthétique que de consolidation statutaire.