
60, traverse Nicolas, Marseille
L'édification de la villa Santa Lucia, sur les hauteurs du Roucas-Blanc en 1860, inscrit cet édifice dans une typologie bien établie de la résidence bourgeoise marseillaise du Second Empire. Loin des audaces structurelles, elle répondait avant tout à une quête de prestige et d'agrément, offrant à ses occupants des perspectives enviables sur la Méditerranée. Son architecture, que l'on appelait alors simplement la Maison Blanche, privilégiait une composition pittoresque, où l'intégration au site prévalait sur l'affirmation d'un style unifié. L'articulation du bâti avec le terrain accidenté se traduisait par une succession de terrasses étagées, éléments fondamentaux dans l'établissement d'une relation visuelle et fonctionnelle entre l'intérieur et l'étendue marine. Ces aménagements extérieurs, agrémentés de grottes et de bassins, témoignaient d'un goût prononcé pour l'ornementation paysagère, caractéristique de l'époque. L'intervention notable, en 1894, du rocailleur Gaspard Gardini, conforte cette inclination pour un artifice naturaliste. Le rocailleur n'est pas un architecte au sens classique, mais un artisan virtuose dans la création de décors de fausses roches, de cascades simulées et de structures imitant la nature. Loin d'une pureté néoclassique, ces ajouts soulignaient une fascination pour l'exotisme et le romantisme des jardins de fantaisie, offrant des recoins inattendus et des jeux d'eau qui complétaient le panorama. Cette esthétique, parfois perçue comme exubérante, était alors très prisée par une bourgeoisie soucieuse d'affirmer sa distinction par un cadre de vie singulier et opulent, où le naturel était savamment recréé. La succession de propriétaires et les changements d'appellation, de la Maison Blanche à la Meunière, puis à Santa Lucia, révèlent une identité fluctuante, moins ancrée dans une intention architecturale fondatrice que dans les caprices des occupants. Chaque nom nouveau effaçait une strate de mémoire, suggérant un édifice réceptif aux humeurs du temps et des modes plutôt qu'un manifeste pérenne. Cette mutabilité de l'identité, bien que commune à nombre de demeures privées, contraste avec la notion d'œuvre monolithique. L'édifice devint ainsi une sorte de réceptacle des évolutions du goût bourgeois, témoin silencieux de diverses aspirations domestiques. Ce n'est qu'en 2015, par une inscription, puis en 2020 par un classement au titre des monuments historiques, que la villa Santa Lucia a acquis une reconnaissance officielle. Non pas comme une prouesse d'innovation formelle, mais comme un spécimen représentatif d'une époque, d'un certain art de vivre et d'une intégration paysagère pittoresque. Sa valeur réside sans doute davantage dans sa capacité à incarner les évolutions et les particularismes de l'habitat de loisir marseillais de la fin du XIXe siècle, offrant ainsi un témoignage précieux sur les pratiques constructives et ornementales de cette période, avec ses charmes surannés et ses ambitions décoratives. Elle demeure, en cela, un jalon discret mais éloquent du patrimoine local.