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Église Notre-Dame-des-Vertus

Église Notre-Dame-des-Vertus

1 rue de la Commune-de-Paris, Aubervilliers

L'Envolée de l'Architecte

L'église Notre-Dame-des-Vertus, à Aubervilliers, n'est pas un monument monolithique, mais plutôt un palimpseste architectural, dont la genèse remonte à une modeste église Saint-Christophe du XIIIe siècle, voire carolingienne. Son évolution retrace les adaptations, parfois hâtives, d'un lieu cultuel à la pression d'une dévotion populaire inattendue. Son classement au titre des monuments historiques en 1908 entérine une histoire complexe et stratifiée. Le XVe siècle, en pleine ferveur gothique, vit l'édification de l'ossature actuelle, dans le style Rayonnant. C'est ici que l'on observe la velléité d'une certaine élégance, avec des chapiteaux finement sculptés de feuillage, d'animaux et de symboles chrétiens. La structure des voûtes, à liernes et tiercerons, qui retombent en pénétration directe dans les piliers, dénote une recherche de fluidité et une tentative de minimiser les points d'appui, caractéristique de cette période aspirant à la légèreté et à la luminosité. Cependant, la pureté stylistique fut de courte durée. Au XVIe siècle, une tour massive de trente mètres vint s'accointer à l'ensemble, avant que la nef ne soit opportunément élargie au début du XVIIe pour l'intégrer, comme on intègre une pièce rapportée à un ensemble dont elle ne faisait pas initialement partie. La façade de 1628, de facture classique, avec sa niche centrale dédiée à la Vierge et ses portes latérales encadrées de niches désormais vides, témoigne d'un compromis esthétique qui superpose les courants sans toujours les fondre. On y lit moins une harmonie savante qu'une série de mises à jour successives, dictées par l'air du temps et la nécessité. La raison principale de ces agrandissements réside dans un fait que l'on pourrait qualifier de 'miraculeux', advenu en 1336 : une pluie providentielle émanant, dit-on, d'une statue de la Vierge, en pleine sécheresse. Cet événement, et les guérisons qui suivirent, transformèrent Aubervilliers en un centre de pèlerinage d'une importance considérable. Le lieu devint un aimant pour les fidèles, y compris la haute noblesse et des rois, tel Louis XIII qui, à deux reprises, vint y chercher protection et y consacrer ses actions, allant jusqu'à considérer l'église Notre-Dame-des-Victoires à Paris comme sa 'fille spirituelle'. Cette affluence explique la tension constante entre la modestie des origines et la grandeur requise pour accueillir les foules. L'édifice a également subi les outrages du temps et des hommes. Les saccages lors de la Commune de Paris en 1871, l'incendie de la flèche en 1900 – qui l'avait couronnée au XIXe siècle – et la destruction des vitraux en 1918 par l'explosion d'un dépôt de munitions voisin, soulignent la fragilité de ces constructions face à l'histoire. Les vitraux actuels, restitués par la maison Champigneulle, composent un programme iconographique riche, narrant les miracles fondateurs et les pèlerinages illustres, de Jeanne d'Arc à saint Jean-Baptiste de la Salle. L'orgue, dont le buffet date des années 1630, est un exemple éloquent de la pérennité malgré les vicissitudes. Après des altérations au XIXe siècle, une restauration méticuleuse de 1987 l'a ramené à son état de 1780, témoignant d'une volonté de retrouver une authenticité sonore et mécanique, parfois perdue au fil des réinterprétations. Cet instrument, témoin sonore de l'histoire du lieu, fut même inauguré en 1990 par Michel Chapuis, avec la présence d'Alain Cuny, ajoutant une note d'érudition culturelle à sa réhabilitation. En définitive, Notre-Dame-des-Vertus s'offre comme un exemple significatif de ces églises de faubourg qui, loin des grands desseins royaux ou épiscopaux, ont forgé leur identité par la somme de leurs dévotions, de leurs réparations, et de leurs compromis, devenant ainsi un livre ouvert sur les flux spirituels et architecturaux de la France.