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Chapelle Saint-Jean d'Argenteuil

Chapelle Saint-Jean d'Argenteuil

Argenteuil

L'Envolée de l'Architecte

À Argenteuil, la chapelle Saint-Jean présente le cas fascinant d'une survie par l'oubli et la reconversion. Cet édifice, qualifié de roman et datant, selon les vestiges, du début du XIe siècle, s'impose comme une des plus anciennes manifestations de cette architecture en Île-de-France. Pourtant, son intégrité stylistique se voit tempérée par des aménagements dont la pertinence chronologique suscite la réflexion. L'hypothèse d'une chapelle sépulcrale, plausible au vu des inhumations du haut Moyen Âge découvertes, ne résout pas la question de sa vocation exacte. Ce monument se compose d'un plan rectangulaire, orienté, réparti sur deux niveaux. La chapelle basse, la plus substantielle, se divise en trois vaisseaux de deux travées. Les voûtes d'arêtes qui les couvrent, séparées par des arcs-doubleaux en plein cintre à arêtes vives, ne correspondent pas, selon l'analyse, à la pureté d'une facture romane. Les soutiens, notamment les deux piliers cylindriques isolés, présentent des anomalies. L'un, au nord, exhibe un chapiteau dorique ébauché, élément qui ancre le propos dans une période classique plutôt que médiévale, suggérant soit une réutilisation audacieuse, soit une intervention postérieure substantielle. L'autre, au sud, est paré d'un second tailloir octogonal, témoignant d'une exécution moins orthodoxe. Ces détails, notamment les tailloirs profilés d'une tablette et d'un cavet, de même que les bases moulurées d'un tore et d'une scotie, dessinent un ensemble qui, s'il conserve une rudesse d'aspect, s'éloigne des canons stricts attendus. La lumière pénètre parcimonieusement par de modestes fenêtres en plein cintre, fortement évasées, procédé caractéristique des édifices d'alors, cherchant à maximiser la captation lumineuse dans des murs épais. À l'extérieur, certaines de ces ouvertures arborent des linteaux monolithiques à claveaux simulés, une économie de moyens peut-être, ou un artifice. L'étage supérieur, dépouillé, avec son plafond de bois et son accès par un escalier extérieur, n'offre guère plus à l'analyse formelle, sa simplicité suggérant une fonction annexe, ou une altération profonde. L'histoire de la chapelle est celle d'une réaffectation salvatrice. Au XVIe siècle, la cession aux vignerons pour servir de cellier à cuves, plutôt qu'une déchéance, fut une grâce déguisée. Cette transformation prosaïque la soustraite à la fureur révolutionnaire et aux ventes de biens nationaux qui virent disparaître tant d'autres édifices religieux. Ainsi, de monument de piété incertaine, elle devint un simple bâtiment agricole, une carapace vidée de sa substance originelle, mais dont l'enveloppe architecturale traversa les siècles. Son classement en 1945, et les restaurations des années 1980 et 2012, ont permis de la sortir de son rôle utilitaire pour la réhabiliter, du moins formellement. Cette chapelle d'Argenteuil demeure un témoin précieux, non seulement de l'architecture pré-romane ou proto-romane de l'Île-de-France, mais aussi des compromis, des adaptations et des hasards qui jalonnent la vie des monuments historiques, où la persistance d'une structure peut parfois dépendre d'une fonction inattendue et parfaitement profane.