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Hôtel de Saint-Chaumont

Hôtel de Saint-Chaumont

226 rue Saint-Denis 121 boulevard de Sébastopol, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

L'histoire de l'Hôtel de Saint-Chaumont, devenu couvent des Filles de l'Union chrétienne, illustre avec une certaine ironie le déplacement des symboles de prestige et de repentir au sein de l'espace urbain parisien. Originellement la propriété de Melchior Mitte de Chevrières, marquis de Saint-Chamond, qui, par une ambition typiquement dix-septième siècle, avait rasé plusieurs parcelles pour édifier son hôtel particulier, l'édifice passa aux mains d'une communauté religieuse dédiée à l'accueil des repenties. Une somme de 72 000 livres en 1683, considérable pour l'époque, dénote non seulement le caractère imposant de l'acquisition mais aussi la puissance financière de ces établissements de bienfaisance, souvent soutenus par de généreux mécénats. Le sort réservé aux âmes en quête de rédemption se voyait ainsi paradoxalement logé dans les fastes d'une architecture aristocratique. C'est dans ce contexte singulier qu'intervient, entre 1734 et 1735, le grand architecte Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne. Petit-fils du célèbre Jules Hardouin-Mansart, il fut l'un des plus fins interprètes du rocaille en France, bien que sa carrière, prometteuse, fût obscurcie par la suite. Il éleva, pour une clientèle plus distinguée de dames souhaitant se retirer du monde, un logis dont le plan, fait de courbes et de contre-courbes, trahissait l'influence manifeste de l'architecte italien Francesco Borromini. Cette liberté formelle, alors audacieuse à Paris, rompait avec la rigueur classique pour insuffler un dynamisme et une fluidité des espaces, jouant sur le rapport plein/vide avec une inventivité qui caractérise le rocaille. La patte de Nicolas Pineau, grand ornemaniste de l'époque, vint parachever l'ensemble, intégrant ces arabesques minérales et végétales qui définissent l'esthétique rocaille, où la fantaisie prime sur la symétrie. Ce bâtiment reste l'un des rares témoignages subsistants de ces fondations charitables le long de la très commerçante rue Saint-Denis. Plus tard, à la veille de la Révolution, en 1781-1782, une nouvelle église conventuelle fut commandée à Pierre-Claude Convers, architecte de la pieuse princesse de Conti. Cette dernière, figure influente de l'aristocratie, contribua également à son embellissement, faisant réaliser une « Adoration des bergers » par François-Guillaume Ménageot. Cette intervention tardive témoigne peut-être d'un certain regain de faveur pour ces établissements, avant que les convulsions révolutionnaires ne les fassent basculer dans le domaine national en 1790. L'hôtel, bien que démembré et partiellement surélevé, conserve encore aujourd'hui, dans la cour du 131 boulevard de Sébastopol, le souvenir de cette audace architecturale. Son inscription au titre des monuments historiques en 1925 reconnaît, avec une certaine distance temporelle, la qualité exceptionnelle d'un édifice où l'architecture du plaisir et de la mondanité s'est curieusement mariée à l'austérité du cloître, témoignant de la complexité des mœurs et des sensibilités d'un siècle éclairé.