Valenton
L'appellation même de Château de Valenton, et plus spécifiquement celle de pavillon dit la Tourelle, invite à une certaine circonspection, tant l'histoire de ce domaine semble s'être déroulée sous le signe de la fragmentation et de la réinvention successive. Initialement, au XVIIIe siècle, nous percevons les contours d'une propriété conçue pour un notable, Eusèbe Jacques Chaspoux de Verneuil, introducteur des ambassadeurs de 1725 à 1740. Une fonction qui exigeait, certes, une certaine prestance résidentielle, mais sans l'ostentation des grandes seigneuries. L'hypothèse que l'architecte Contant d'Ivry puisse en être l'auteur pour le corps principal, voire pour ce pavillon si singulier, confère d'emblée une dimension architecturale significative. On s'imagine alors un ordonnancement classique, une rigueur des volumes tempérée par une élégance toute dix-huitiémiste, caractérisée par des façades percées avec une symétrie mesurée, des proportions harmonieuses et, sans doute, des intérieurs aux modénatures raffinées, échappant à l'exubérance rococo tout en précédant la rigidité néoclassique. Le domaine originel se parait d'un jardin régulier, d'un bassin, d'une fontaine et d'une ferme, éléments constitutifs d'une campagne éclairée où l'agrément et l'utile se rejoignaient dans une composition maîtrisée. Le petit pavillon, précisément désigné comme la Tourelle, se serait ajouté à cet ensemble avec une certaine discrétion, témoignant peut-être d'une volonté de dépaysement ou d'une folie architecturale mineure, caractéristique de cette période. Son attribution potentielle à Contant d'Ivry, architecte de l'Opéra du Palais-Royal et de l'Hôtel d'Evreux, même si elle reste une suggestion de Georges Poisson, place ce petit édifice dans une lignée de qualité, loin des constructions d'opportunité. Cependant, le XIXe siècle, avec son appétit pour le morcellement et la réaffectation, allait irrémédiablement altérer cette intégrité originelle. La division de la propriété en 1839, le long du ru de Gironde, marque le début d'une dislocation dont les conséquences furent spectaculaires : dès 1844, le corps de bâtiment principal n'était plus qu'une ruine. Sa reconstruction ultérieure, dans la seconde moitié du siècle, puis l'ajout, vers 1925, de deux grosses tours – un pastiche sans doute plus robuste que gracieux, et d'une esthétique incertaine – achevèrent de transformer le sens premier de l'édifice, le faisant passer de l'élégance XVIIIe à un éclectisme composite, voire un peu lourd. Parallèlement, dans l'autre section du parc désormais divisé, surgit en 1885 un autre château dit de la Tourelle, œuvre de l'architecte Duchemin. Cet avatar, plus tardif, suggère une popularité du motif de la tourelle, peut-être déclinée ici avec moins de finesse que son prédécesseur, avant que son propre parc ne subisse à son tour le sort du lotissement au XXe siècle. C'est dans ce contexte de transformations successives, où l'original s'efface souvent devant la nouveauté ou la nécessité, que la reconnaissance du petit pavillon dit La tourelle comme monument historique en 1948 prend toute sa signification. Il s'agit là, non pas d'une survie spectaculaire, mais plutôt de la persistance d'un fragment, d'un vestige qui, malgré les vicissitudes et les ajouts hétéroclites, conserve la mémoire d'une qualité architecturale et d'une époque révolue. Il est, en quelque sorte, la conscience architecturale d'un domaine dont l'histoire fut aussi chaotique que révélatrice des évolutions foncières et des modes constructives.