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Hôtel de l'Escalopier

Hôtel de l'Escalopier

25 place des Vosges, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de l'Escalopier, au 25 de la place des Vosges, s'insère avec une certaine discrétion dans la trame rigoureuse et souvent uniforme de ce qu'il est convenu d'appeler l'un des premiers exercices de planification urbaine royale en France. Sa façade, dont l'ordonnance est strictement dictée par le cahier des charges de l'ancienne Place Royale, présente la triade de matériaux caractéristique : la brique comme corps principal, rehaussée par la pierre de taille pour les chaînages d'angle, les bandeaux horizontaux et les encadrements des baies, le tout couronné par une haute toiture en pavillon couverte d'ardoise. Il occupe six arcades sur le flanc septentrional, entre la présence notable de l'hôtel de Bassompierre et l'imposant pavillon de la Reine, affirmant ainsi sa participation à l'un des alignements les plus prestigieux de la place, même si sa conception n'offre guère de fantaisie singulière au-delà de l'immuable schéma d'ensemble. Le monument fut érigé en 1612 pour Pierre de Sainctot, trésorier de France, marquant ainsi son alignement avec la genèse de cette place paradigmatique. L'histoire de ses propriétaires, d'ailleurs, offre quelques saillies pittoresques, à l'image de ce conseiller d'État, Pierre Gobelin du Quesnoy, qui, par dépit amoureux pour une certaine mademoiselle de Tonnay-Charente – qui ne deviendrait Madame de Montespan qu'ultérieurement, à la cour – aurait, dit-on, tenté d'incendier son propre pavillon. Une forme radicale, il faut le concéder, d'expression sentimentale qui n'a heureusement pas laissé de traces durables sur l'intégrité architecturale de l'édifice, mais qui souligne le caractère tumultueux de l'époque. Le nom qui lui est resté, celui de L'Escalopier, est le fruit d'une manœuvre juridique d'Ancien Régime particulièrement révélatrice des mœurs de l'époque : le retrait lignager. Gaspard de L'Escalopier, en 1694, put ainsi racheter l'hôtel vendu par les héritiers Gobelin, en vertu de son lien de parenté, affirmant la primauté du sang sur les transactions mercantiles ordinaires. Une clause singulière qui assurait la cohésion patrimoniale des grandes familles et qui, dans ce cas précis, ancra durablement cette demeure dans l'histoire de cette lignée. Cette prise de possession par les L'Escalopier marqua d'ailleurs une période de stabilité remarquable, la famille en demeurant propriétaire jusqu'en 1865, traversant les soubresauts de l'histoire, de l'Ancien Régime à l'Empire, puis aux restaurations. Parmi eux, Charles de L'Escalopier, érudit et bibliophile du XIXe siècle, représente une figure d'une aristocratie plus tournée vers les lettres et l'archéologie que vers les intrigues de cour. Si l'extérieur adhère à la grammaire imposée de la place, l'intérieur, du moins ce qu'il en reste de l'époque, se devine par la mention des escaliers aux rampes en fer forgé, éléments qui furent, à juste titre, classés aux monuments historiques. Ces volutes et arabesques en métal sont souvent les témoins les plus éloquents des arts décoratifs qui embellissaient ces résidences, une élégance discrète mais essentielle à l'expérience spatiale. Les interventions plus récentes, telles que la démolition de dépendances au début du millénaire, rappellent que même les édifices les plus emblématiques ne sont pas à l'abri des adaptations contemporaines, parfois brutales, aux nécessités du temps, délestant l'ensemble de ses appendices moins nobles pour se concentrer sur le corps principal, souvent jugé seul digne de conservation. L'Hôtel de l'Escalopier, loin d'être un édifice solitaire, participe à la majesté collective de la Place des Vosges, dont la pérennité et la résonance urbaine attestent, près de quatre siècles plus tard, la pertinence d'une ambition architecturale qui privilégiait l'harmonie d'ensemble sur l'expression individuelle effrénée.