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Hôtel Urvoy de Saint-Bedan

Hôtel Urvoy de Saint-Bedan

2 rue d'Argentré rue Tournefort, Nantes

L'Envolée de l'Architecte

À Nantes, l'année 1840 vit s'élever l'Hôtel Urvoy de Saint-Bedan, une construction qui, par ses atours, tentait déjà de s'émanciper des rigueurs néo-classiques alors en déclin. Ce parti pris, à l'angle de la rue Tournefort et de la rue d'Argentré, révèle une ambition plus ornementale qu'idéologique. L'architecte Joseph-Fleury Chenantais, figure locale dont l'œuvre marquait nombre de quartiers nantais de ses empreintes, fut chargé de cette commande pour Jacques Urvoy de Saint-Bedan. Ce dernier, orphelin fortuné et notable politique, entendait sans doute afficher une dignité certaine, propre à sa position d'homme d'influence. L'édifice délaisse les portiques austères pour s'habiller d'une parure dite de style Renaissance, un choix fréquent à l'époque pour insuffler une nouvelle vitalité après l'Empire. La façade se pare ainsi de motifs empruntés : griffons, vases, guirlandes et têtes de lions, éléments réinterprétés avec une certaine liberté. Il ne s'agit pas là d'une réminiscence archéologique, mais plutôt d'une adaptation décorative, visant à la richesse visuelle sans pour autant s'ancrer dans une stricte fidélité historique. Ces ornements, sculptés dans la pierre locale, participent à une composition équilibrée, mais sans surprise majeure. L'aspect le plus singulier, et sans doute le plus révélateur des avancées techniques du temps, réside dans sa porte cochère. Loin du bois massif sculpté, elle déploie un décor en fonte, illustrant l'engouement et la maîtrise de ce matériau entre 1830 et 1850. Des panneaux de fonte finement ouvragés y présentent putti, rinceaux et candélabres. Cette exécution industrielle, appliquée à des motifs d'inspiration classique, est un signe manifeste d'une modernité discrète, permettant une reproduction et une complexité de détail jusqu'alors réservées à la sculpture sur bois ou la ferronnerie d'art. Elle concilie la nouveauté technique avec une esthétique jugée alors de bon goût, marquant ainsi une certaine aisance. L'histoire récente de cet hôtel est également instructive. Inscrit aux monuments historiques pour sa façade et sa toiture en 1954, il échappa, non sans quelques sueurs froides, à des projets de démolition partielle voire totale dans les années 1970, lors de l'extension de l'Hôtel du Département. L'architecte Paul Ferré, en 1982, parvint à justifier la conservation d'une partie des structures intérieures, preuve que même les décors d'un hôtel particulier du XIXe siècle peuvent finir par acquérir une valeur patrimoniale, au-delà de leur simple enveloppe. Aujourd'hui intégré à un ensemble administratif, l'Hôtel Urvoy de Saint-Bedan se tient là, discrètement mais fermement, témoin d'une époque où l'éclectisme commençait à dicter ses lois aux maîtres d'œuvre, cherchant à concilier prestige ancien et matériaux nouveaux pour les élites nantaises.