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Immeuble le Métropole

Immeuble le Métropole

111, 111bis, 113, 115, 117 rue Jeanne-d'Arc 16 rue Verte, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

L'immeuble le Métropole, érigé à Rouen entre 1929 et 1931, se présente comme un spécimen notable de l'Art déco, une expression stylistique qui, après l'efflorescence de l'Art nouveau, s'affirmait par une élégance plus géométrique et une certaine retenue ornementale. Situé aux abords de la gare, il ancre dans le tissu urbain un témoignage de cette période d'entre-deux-guerres, marquant une transition dans les sensibilités architecturales. L'architecte parisien Émile Bois, à qui l'on doit sa conception, a orchestré une façade où la verticalité est souvent suggérée par des lignes fines et des motifs discrets, intégrant les matériaux modernes de l'époque, souvent le béton armé revêtu, l'acier pour les menuiseries et un certain goût pour le verre. L'édifice n'est pas seulement un volume bâti ; il se comprend dans sa relation au sol, où la rue Jeanne-d'Arc et la rue Verte délimitent son emprise. L'organisation des pleins et des vides, c'est-à-dire l'alternance des surfaces murales et des ouvertures, participe à la composition d'une façade équilibrée, dénuée de l'exubérance florale antérieure, mais non exempte de raffinement. L'intégration du rez-de-chaussée commercial, notamment avec le café conçu en 1932 par Étienne Villette, révèle la fonction polyvalente de ces immeubles urbains. Ce café, lieu de sociabilité par excellence, constitue une interface entre l'espace privé de l'immeuble et l'agitation de la ville. C'est dans cet espace du café Le Métropole que s'est tissée une part de l'histoire intellectuelle rouennaise. On y croisait, au début des années trente, les jeunes Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, dont les discussions animées devaient résonner entre ses murs. Cette anecdote, au-delà de son pittoresque, souligne la fonction culturelle et sociale inhérente à ces établissements, qui étaient bien plus que de simples lieux de consommation. Dirigé pendant près d'un demi-siècle par Jean Olivier, le café devint un point de ralliement pour la bourgeoisie locale et les étudiants, un creuset d'échanges et de débats. Sa prochaine fermeture en février 2025 marque la fin d'une époque pour un lieu qui, inscrit aux monuments historiques dès 2000 pour sa devanture et son décor intérieur, puis en totalité en 2004, fut un témoin silencieux des évolutions urbaines et sociales. L'immeuble Le Métropole demeure ainsi, par son architecture et son histoire, une pièce non négligeable du patrimoine rouennais, modeste par sa taille mais riche de ses significations.