11 place Marcelin-Berthelot rue Saint-Jacques, Paris 5e
Le Collège de France, blotti au cœur du Quartier latin, n'offre pas d'emblée l'image d'une audace architecturale singulière. Sa façade, d'un classicisme respectable, est moins le fruit d'une vision unitaire que la sédimentation d'intentions successives, trahissant un pragmatisme séculaire. Institué par François Ier en 1530, cette création, initialement baptisée « Collège royal », relevait déjà d'une rupture intellectuelle audacieuse : proposer des disciplines que l'Université de Paris, engoncée dans ses dogmes, ignorait superbement. Guillaume Budé, son érudit maître de librairie, en fut le catalyseur, posant les jalons d'une institution vouée à enseigner « le savoir en train de se constituer », une devise que sa mission « Docet omnia » prolonge avec une ambition quasi démiurgique. L'édifice lui-même fut longtemps une affaire de patience et de compromis. Après des débuts modestes au sein des collèges de Tréguier et de Cambrai, Henri IV, avec Claude Chastillon, esquissa le projet d'une construction unique, d'une envergure somme toute royale. L'assassinat du souverain relégua cette noble intention au rang des opportunités manquées, ne laissant qu'une exécution partielle sous Marie de Médicis. Il fallut attendre 1772 pour que Jean-François Chalgrin, architecte de son temps, apporte une première empreinte significative, structurant des agrandissements autour d'une cour d'honneur. Son intervention conféra une dignité néoclassique à l'ensemble, sans pour autant le révolutionner. Le Collège de France, dans son aspect actuel, doit cependant beaucoup à Paul Letarouilly. Au milieu du XIXe siècle, cet architecte, fameux pour sa précision documentaire sur l'architecture de la Renaissance romaine, acheva de lui imprimer une ordonnance rigoureuse. On peut y déceler un classicisme pondéré, une facture soignée en pierre de taille parisienne, privilégiant l'équilibre des pleins et des vides, l'harmonie des proportions plutôt qu'une invention formelle éclatante. C'est une architecture de la respectabilité, un écrin mesuré pour une pensée qui, elle, se voulait illimitée. Les extensions récentes, comme l'Institut des Civilisations restructuré par Jacques Moussafir, ou les espaces souterrains, témoignent d'une adaptation fonctionnelle contemporaine qui préserve le corps historique sans le transfigurer. Car c'est bien la substance intellectuelle qui confère à ce lieu sa véritable distinction. La particularité de ses chaires, évoluant au gré des avancées de la science, et l'élection de ses professeurs par leurs pairs, au-delà des titres universitaires, en font un bastion d'une liberté académique peu commune. L'enseignement gratuit et ouvert à tous, sans condition ni diplôme, parachève cette singularité démocratique du savoir. Il est amusant de noter que cette institution, si longtemps patriarcale, n'a accueilli sa première femme en chaire permanente qu'en 1973, avec Jacqueline de Romilly, bien après la physiologiste Józefa Joteyko qui y enseigna dès 1916. Un lent mais inévitable rattrapage du cours de l'histoire. Aujourd'hui, sa diffusion numérique des savoirs, des podcasts aux chaînes YouTube, confirme que l'esprit du Collège de France, loin de se confiner entre ses vénérables murs, a su embrasser les outils de son époque pour continuer à diffuser la connaissance au-delà de toute contrainte géographique ou sociale. L'architecture est ici le contenant d'un contenu qui refuse obstinément de se fixer.