Épiais-Rhus
Ces vestiges, s'étendant à cheval sur Épiais-Rhus et Vallangoujard, se dérobent à toute classification hâtive, présentant un défi récurrent aux archéologues et, par extension, à l'historien de l'architecture désireux de circonscrire avec précision les intentions des bâtisseurs antiques. L'on y discerne, certes, un édifice de spectacle, mais sa typologie exacte demeure une énigme persistance : théâtre conventionnel, amphithéâtre, ou cette forme hybride si courante en Gaule romaine, mêlant les fonctions dramaturgiques et agonistiques. L'agglomération secondaire qui l'a vu naître, fondée bien avant la conquête césarienne, s'inscrivait à la lisière de territoires autrefois disputés par les Véliocasses, Silvanectes, Parisiens et Bellovaques. Sa localisation, précisément sur le rebord du coteau occidental de la vallée de Cresnes, confère au site une topographie naturelle propice à l'édification de gradins adossés. Il s'agissait, manifestement, d'un pôle urbain modeste mais doté des attributs de la romanisation : temples, thermes, et ce qui fut peut-être un forum. Le monument lui-même connut une existence relativement brève, s'étendant de la première moitié du premier siècle de notre ère jusqu'au tournant du troisième. Durant ce laps de temps, il fut sujet à au moins deux états distincts, le second marquant une réduction notable de son diamètre, passant de soixante-quatorze à cinquante-neuf mètres. Ce rétrécissement, non daté avec certitude, pourrait témoigner d'une adaptation aux besoins d'une population fluctuante ou à des contraintes économiques locales. Les fouilles, amorcées dans les années soixante-dix et interrompues par une louable mais limitante acquisition foncière, ont mis au jour un mur courbe septentrional, percé d'une entrée, et se terminant par des renvois d'équerre, probablement des contreforts destinés à stabiliser l'ouvrage sur un terrain déclive. Au sud, un autre mur, formé de segments de droites, suggère une géométrie moins régulière, voire l'empreinte d'une phase de construction différente. Douze rangées de gradins, en grand appareil, partiellement exhumées, portent les stigmates de ces évolutions. Leurs blocs, parfois réemployés, révèlent des inscriptions aux consonnances gauloises et romaines, une mixité onomastique qui illustre l'acculturation progressive de la population locale et la permanence d'une identité propre, sans doute à l'image des spectateurs qui se pressaient ici. L'absence de dispositif scénique élaboré, malgré des sondages répétés, pointe vers une structure simple, voire rudimentaire, caractéristique des édifices de spectacle en Gaule, où la scène mobile ou temporaire était fréquente. Cela suggère un pragmatisme des bâtisseurs, privilégiant la flexibilité et l'économie aux canons monumentaux de la Rome impériale. On peut imaginer que les divertissements offerts devaient être de nature variée, de simples orations publiques à des combats de plus modeste envergure que ceux des grands amphithéâtres. La décision de ré-enfouir les vestiges en 1993, pour les prémunir du vandalisme et de l'érosion, constitue un acte de préservation judicieux, bien que paradoxalement privatif de la vision directe de ces pierres. Elle nous rappelle la fragilité de ces témoignages lapidaires face aux aléas du temps et de la négligence humaine. C'est un compromis entre la visibilité du passé et sa survie, un aveu implicite que l'on ne peut toujours exposer sans risquer de détruire. Les études récentes, reprenant en 2019, tentent d'ailleurs de cartographier plus précisément cette agglomération, signe que ces pierres ensevelies continuent de susciter l'intérêt, même discrètement.