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Vestiges archéologiques

Vestiges archéologiques

Rue Henri-Barbusse, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

Surgis du sous-sol marseillais, les vestiges du port antique offrent une confrontation singulière entre la pierre millénaire et l'urbanisme commercial contemporain. La construction du Centre Bourse, en 1967, révéla fortuitement une stratigraphie urbaine inattendue. Si l'ampleur des découvertes, incluant fortifications grecques, enclos funéraires et portions du port, imposa le classement de dix mille mètres carrés, le reste, bien plus vaste, fut sacrifié sur l'autel du développement. Le jardin des Vestiges, aménagé par Joël-Louis Martin, se pose ainsi en témoin d'une histoire préservée in extremis, un écrin paysager qui, depuis 1983 et après une rénovation récente, expose les couches superposées de Massalia. Initialement, la corne du port antique s'étirait bien plus à l'est, devant les remparts. Les quais actuellement visibles, longs de cent quatre-vingts mètres, témoignent de l'ingénierie romaine, avec leurs escaliers dédiés au déchargement. On y a même découvert un navire de vingt-trois mètres, ensablé et remarquablement conservé, dont l'extraction et la lyophilisation furent un tour de force archéologique, l'épave étant désormais une pièce maîtresse du musée voisin. La voie dallée, confectionnée en grandes dalles de pierre de Cassis, offre un aperçu des infrastructures routières du Bas-Empire, où rainures antidérapantes et trous de manutention révèlent une pragmatique attention aux flux de l'époque. Les fortifications grecques racontent une histoire de défense évolutive. Un premier rempart, du Ve siècle avant notre ère, alliait calcaire et briques crues. Il fut remplacé par une structure en grands blocs de tufs, flanquée d'une porte donnant sur la route d'Italie. La reconstruction majeure, au IIe siècle avant notre ère, utilisa des blocs de calcaire rose acheminés du cap Couronne, édifiant un mur d'une robustesse telle qu'il résista au siège de Jules César en 49 avant J.-C. Cette maçonnerie, typique de l'architecture militaire grecque, présentait deux parements de blocs standardisés, remplis de tout-venant. Le fameux Mur de Crinas, découvert en 1913, doit son appellation à une erreur d'attribution, mais n'en demeure pas moins un pan significatif de cette enceinte. Les tours, carrées pour la nord et inclinée pour la sud en raison d'un terrain marécageux, encadraient jadis la Porte d'Italie, point névralgique de la cité. En avant de ce dispositif, un avant-mur dessinait une ligne brisée protectrice. Plus à l'est, un bassin d'eau douce d'une quinzaine de mètres de côté, datant du début du IIe siècle, témoigne de l'ingéniosité romaine. Ses pierres appareillées, son fond étanché au bitume et son alimentation par un canal de plus de cent mètres, attestent d'une infrastructure essentielle pour l'approvisionnement des navires. Des points d'ancrage et une cavité pour une roue suggèrent un système sophistiqué de curage et de remontée d'eau. Enfin, les terrasses funéraires, dont l'une fut détruite pour le Centre Bourse, révèlent les rites d'incinération du IVe siècle avant J.-C. Ces enclos rectangulaires, décorés de métopes et triglyphes, servaient de lieux de repos et de mémoire, visibles depuis la voie d'Italie, avant d'être abandonnés et recouverts au IIe siècle avant J.-C. L'ensemble compose une mosaïque archéologique, une fenêtre ouverte sur l'extraordinaire persistance de l'antique Massalia sous le tumulte de la métropole moderne.