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Hôtel de la Mammye

Hôtel de la Mammye

31 rue de la Dalbade, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de La Mamye, au 31 rue de la Dalbade à Toulouse, se présente comme une curieuse stratification des ambitions et des goûts qui animèrent la magistrature toulousaine de la Renaissance. Édifié à partir de 1528 pour Antoine de La Mamye, parlementaire soucieux de marquer son rang, l'édifice révèle d'emblée une hybridation stylistique propre à cette période de transition. Sa tour octogonale dans la cour intérieure, flanquée d'une tourelle d'angle, combine des réminiscences gothiques avec les prémices d'un vocabulaire renaissant, un syncrétisme dont Toulouse fut un laboratoire fertile. Le dialogue entre le plein et le vide s'y exprime avec une certaine retenue, la brique, matériau toulousain par excellence, dictant la plupart des surfaces, tandis que la pierre est réservée aux ornements et aux parties les plus honorables. Ce n'est toutefois qu'au milieu du XVIe siècle, sous l'impulsion de Guillaume de La Mamye, puis de Pierre, tous deux conseillers au parlement, que l'hôtel prend une partie de sa prestance actuelle. La façade sud sur cour, entièrement de pierre, s'offre comme un manifeste architectural. Elle déploie, pour la première fois à Toulouse semble-t-il, la superposition des trois ordres antiques : dorique, ionique et corinthien. Une audace qui témoigne de la volonté d'assimiler les modèles italiens, tout en conservant l'emploi local de la brique pour les élévations principales, la pierre étant réservée aux éléments les plus signifiants et aux encadrements des baies. Ces faux mâchicoulis et ces gargouilles, qui couronnent la haute muraille nord et la tour d'escalier hexagonale, loin de toute fonction défensive, ajoutent une touche pittoresque à l'ensemble, sans doute un clin d'œil à des traditions castrales révolues. L'histoire de l'Hôtel de La Mamye n'est pas exempte d'aléas. Après avoir été le théâtre des aspirations d'une lignée de parlementaires dont est issu Guillaume Catel, le premier historien de Toulouse et du Languedoc, il connut une vie plus singulière. En 1623, il accueillit temporairement des religieuses hospitalières, contraintes de fuir les discordes internes de leur communauté du Quercy, une occupation provisoire qui éloigne le lieu de sa vocation originelle. Puis, en 1626, il fut cédé à la congrégation de l'Oratoire, intégrant un ensemble ecclésiastique plus vaste. Cette acquisition par les Oratoriens transforma durablement l'hôtel, dont les façades sur rue, datant de la fin du XVIIIe siècle, sont de leur fait, témoignant d'une adaptation pragmatique aux besoins de la congrégation. La Révolution mit un terme à cette phase religieuse avant que l'hôtel ne retrouve une vocation pieuse avec l'installation des Servantes de l'Eucharistie au XIXe siècle, bouclant ainsi un cycle d'affectations contrastées. L'inscription partielle aux monuments historiques en 1925, puis son inclusion dans la zone de protection du quartier en 1944, lui confèrent, tardivement, une reconnaissance officielle de sa valeur patrimoniale, sans pour autant le figer dans une quelconque sacralité.