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École nationale supérieure des beaux-arts

École nationale supérieure des beaux-arts

1 rue Jacques-Callot, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

Sur la rive gauche de la Seine, entre la rue Bonaparte et le quai Malaquais, l'École nationale supérieure des beaux-arts se déploie comme un palimpseste architectural, où les strates du temps se superposent avec une désinvolture toute parisienne. Ce vaste ensemble, loin d'être un édifice monolithique, est une agrégation complexe, dont les origines remontent au Couvent des Petits Augustins du XVIIe siècle, vestiges du palais de la reine Margot. Il est à noter que l'hexagone de sa chapelle, singulier, est l'ultime témoin de cette préexistence royale, avant que le lieu ne connaisse une transformation radicale. Au moment de la Révolution, le couvent désaffecté fut converti en Musée des Monuments français par Alexandre Lenoir, entreprise salvatrice qui, en préservant des œuvres menacées – telles les gisants de Saint-Denis –, devint un conservatoire singulier avant la lettre. Cette fonction de dépôt d'éléments disparates allait marquer l'identité future du site. C'est en 1817, sur ces fondations déjà plurielles, qu'est établie l'École. François Debret fut le premier à tenter une synthèse, mais c'est son beau-frère et élève, Félix Duban, qui, à partir de 1829, donna à l'ensemble sa cohérence éclectique. Duban, avec une maestria certaine, réemploya et intégra des fragments architecturaux rescapés du musée de Lenoir – des éléments des châteaux d'Anet et de Gaillon notamment – pour en faire les ornements d'un Palais des Études et d'une cour d'honneur d'une richesse ostentatoire. Cette réinterprétation du passé, véritable acte de composition architecturale, fut cependant altérée, voire dénaturée, par le démontage d'un arc emblématique d'Anet en 1977, une décision qui continue d'interroger la perpétuation de ces synthèses audacieuses. L'institution, longtemps bastion d'un enseignement académique rigide, ne fut pas exempte de tourments. L'admission des femmes, arrachée de haute lutte par des figures comme Hélène Bertaux à partir de 1897, fut une lente conquête, ponctuée de discriminations tenaces, rappelant l'ancrage de la notion de « génie créateur masculin » dans les esprits. Les refus d'entrée de talents tels que Paul Cézanne en 1861, ou Marie Laurencin par trois fois, illustrent la sélectivité parfois aveugle d'un système que l'on disait garant du bon goût. Le coup de boutoir vint finalement en 1968 : André Malraux, face aux contestations étudiantes qui transformèrent l'école en « Atelier populaire », démantela l'unité disciplinaire séculaire en séparant l'architecture des autres beaux-arts. Cette rupture, violente pour certains, nécessaire pour d'autres, engendra les Écoles nationales supérieures d'architecture dispersées sur le territoire. Les décennies post-68 virent des ajouts moins harmonieux. Auguste Perret, dès après 1945, avait déjà doté l'école d'ateliers étouffants les bâtiments historiques. Plus tard, la surélévation de la Cour des Loges et l'insertion de préfabriqués révélèrent une crise spatiale que la monumentalité passée ne pouvait plus contenir. Demeurent pourtant les collections, trésor inestimable de près de 450 000 œuvres – des dessins de Dürer aux peintures de David – témoignant d'une ambition pédagogique et d'une histoire de l'art parfois orthodoxe, parfois ardemment contestée, mais toujours essentielle à la compréhension de la création française.